Un endettement excessif ?

Publié en 2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La presse stigmatise régulièrement les États trop endettés et le FMI s’alarme du niveau d’endettement des entreprises qui atteint 90 % du PIB mondial, dont 40 % pourraient être compromis en cas de crise. Dans beaucoup de pays, l’endettement des ménages est jugé également trop important.

Il est évident que cette masse de dettes rend les économies très vulnérables. Un évènement qui ferait douter de la capacité de remboursement d’une catégorie de débiteurs, pourrait déclencher une crise tout à fait analogue à celle des subprimes en 2008.

Dans le même temps, le montant de l’épargne et des liquidités mondiales atteint des sommets, au point qu’elles n’arrivent plus à s’employer et que leurs détenteurs acceptent des taux d’intérêts négatifs.

L’économie mondiale marche raisonnablement bien, avec un taux de croissance annuelle de l’ordre de 3 % et l’inflation est sous contrôle, voire insuffisante au regard des objectifs de la Banque Centrale Européenne.

Ces différentes considérations montrent que le crédit s’est purement et simplement substitué au revenu et à l’épargne pour faire fonctionner l’économie. Quel serait l’état du monde si l’endettement n’existait pas ou seulement dans des proportions moindres ?

L’épargne est la partie du revenu qui n’a pas été consommée, mais le revenu national étant égal au produit national, c’est aussi la part du premier qui n’est pas achetée par les bénéficiaires du second. L’équilibre économique, a fortiori sa croissance, exige que tout le PIB soit absorbé. Le rôle du crédit est de permettre de compléter la demande financée par du revenu afin que tout le PIB soit absorbé et même un peu au-delà, pour inciter les agents économiques à produire davantage.

Moins de crédit provoquerait donc la crise que fait redouter sa croissance !

Au-delà des mesures pour tenter de réorienter davantage de revenus vers ceux dont la propension à consommer ou investir est réelle, il faudrait que les épargnants soient davantage incités à investir directement, c’est-à-dire en en assumant le risque. En effet, en cas de crise probable et même nécessaire, la perte supportée directement par l’épargne n’aurait pas l’effet systémique qu’elle aurait, supportée par les banques. Cela permet davantage d’audace et moins de risque.

Il faudrait également accroître la marge d’endettement des États : afin de dompter l’inflation, on leur a imposé de limiter leur endettement, voire de le réduire, ce qui est particulièrement nuisible quand l’économie ne progresse pas assez. Il faudrait, au contraire, leur permettre de disposer de ressources non remboursables, dans une proportion contrôlée, par exemple par la création de droits de tirages spéciaux par le FMI.

La contrainte pesant sur la croissance de l’endettement réduit la consommation et l’investissement productif ; l’abondance de l’épargne provoque la hausse du prix des actifs, ce qui encourage la spéculation, y compris à crédit. Les capitaux investis dans l’économie productive s’en trouvent encore réduits.

Le rééquilibrage rend nécessaire l’éclatement des bulles pour détruire l’excès d’épargne.

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