Tout se complique

Publié en 2013
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La complexité comme caractéristique du monde moderne est un concept désormais largement reconnu; pour autant ,elle est rarement prise en compte et on la maîtrise moins souvent encore.
Une des voies couramment utilisée pour la dépasser est la spécialisation : lorsqu’un problème est trop vaste pour être embrassé par l’intelligence humaine ,on le découpe en morceaux plus faciles à appréhender,mais, si ce moyen permet de progresser dans la compréhension de la partie,il ajoute à la complexité du tout
Cette évolution n’est pas satisfaisante sur le plan intellectuel et préoccupante pour le fonctionnement des sociétés humaines car elle conduit à des décisions aléatoires par rapport aux buts recherchés.En effet ,lorsqu’un groupe humain a un but précis dont l’atteinte passe par la maîtrise de la complexité, il peut réussir s’il en a conscience: ainsi, une expédition dans l’espace exige la mise en oeuvre de multiples connaissances scientifiques et technologiques très spécialisées aux limites du connu: la solution est trouvée dans des échanges continus entre spécialistes à l’occasion desquels chacun est amené à progresser dans la compréhension du tout en même temps qu’il apporte sa pierre à l’édifice
Dans la vie des sociétés,en particulier dans le champ politique, d’une part la complexité est plus grande encore parce que les sciences humaines sur lesquelles s’appuient les décisions ont un caractère moins assuré que les sciences dures et qu’ il est artificiel d’isoler un phénomène social de l’ensemble dont il fait partie.d’autre part , aucun objectif n’est défini de manière univoque ,chaque composante du groupe social pouvant en avoir sa vision propre: ce qui est qualifié de décision est en réalité la résultante de décisions multiples ,prises à divers endroits sur la base de considérants ou d’objectifs différents: elle répond donc bien à la définition du hasard en tant qu’effet de causes multiples au moins partiellement inconnues.
Des décisions aléatoires ne permettent, sauf chance aussi improbable que le gain du gros lot au loto, d’arriver nulle part; on est dans la situation où une automobile aurait un objectif de déplacement fixé par une personne, alors que d’autres personnes ,toutes indépendantes les unes des autres, tiendraient le volant , l’accélérateur et les freins: il est peu rpobable qu’elle arrive au but.
Le retour à la simplicité est peu probable.
Le niveau de désordre qui en résulte dans la société n’a pas le caractère spectaculaire des révoltes de la rue , mais il est beaucoup plus pernicieux et il faut craindre qu’il atteigne un niveau si insupportable qu’une autorité brutale soit nécessaire pour y remédier.

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