Tous coupables ?

Publié en octobre,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Une habitude se répand dans la société française consistant à condamner les « incivilités », pour reprendre l’expression désormais consacrée, tout en évitant d’en désigner les responsables. Cela revient à mettre en cause, comme un ensemble ayant une responsabilité collective, toute la population, à la culpabiliser et à prendre éventuellement des dispositions réglementaires ou légales, s’appliquant à tous, y compris aux responsables réels qui n’ont le plus souvent rien à en craindre.

On a connu ainsi au cours des années récentes une montée des actes antisémites imputée globalement au peuple français dans son ensemble. Les attentats de l’hyper casher et de Toulouse, le meurtre de Sarah Halimi et bien d’autres faits ont démontré l’origine de cet antisémitisme dont ils ont été les manifestations extrêmes, traînant dans leur sillage une multitude d’autres agressions, heureusement moins terribles. Certes, toute image télévisée de violence suscite des échos dans l’ensemble de la société et les attentats islamistes ont entraîné la conversion de Chrétiens ou de laïcs de souche ainsi que des manifestations antisémites. Mais accuser la société entière est une injustice.

Dans le même esprit, une jeune étudiante portant une jupe s’est fait agresser au prétexte que le port de celle-ci est indécent et un signe avéré de prostitution. Un représentant du gouvernement a immédiatement rappelé l’engagement de l’État dans la lutte contre le harcèlement sexuel. Le machisme et le harcèlement sexuel existent en France comme partout ailleurs et les autorités les combattent à juste titre et avec une certaine efficacité. Mais l’incivilité ici en cause n’est pas de même nature. Il ne s’agit pas d’un comportement inacceptable de certains individus mais de groupuscules qui professent ouvertement leur projet d’imposer par la violence le port du voile et plus généralement la charia. Ils se moquent des textes législatifs sur le harcèlement car leur objectif est autre et les confondre ou feindre de les confondre est encore une fois une injustice. C’est masquer une réalité de crainte d’avoir à l’affronter et préparer un échec sur les deux fronts.

Un espoir cependant. Dans l’affaire de la jupe, le ministre de l’intérieur a évoqué la vraie cause de l’incident et dans la gestion de la crise sanitaire, le gouvernement a accepté d’affronter l’ire de certaines professions, en prenant des mesures restrictives ciblées.

Le courage est la condition du succès de toute action et la peur la première cause d’échec.

 

 

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