Sur le changement

Publié en mai 2021

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Dans les sociétés modernes, le changement est devenu une valeur en soi et un synonyme de progrès, aussi la résistance au changement est-elle considérée comme un fléau.

Il est exact que les freins opposés au changement ralentissent parfois des évolutions souhaitables. Mais dans un monde passablement chaotique, il est heureux que toutes les idées de changement ne puissent aboutir. Non seulement beaucoup sont mauvaises, mais trop de changements dans un temps limité est préjudiciable pour les individus et crée des tensions nuisibles au sein des sociétés.

Dans les faits, les hommes et les sociétés ne sont pas si hostiles au changement qu’on le prétend, la pandémie en fournit l’illustration, mais ils ont besoin d’être convaincus qu’il est indispensable ou associé de manière crédible à des perspectives favorables.

Cette réserve à l’égard du changement provient sans doute du fait que, durant notre enfance nous prenons connaissance du monde tel qu’il se présente à nous et nous en concluons que ce qui existe est la norme qu’il faut protéger.

L’allongement de l’espérance de vie est un facteur de conservatisme supplémentaire car le rapport coût psychique/bénéfice du changement est moins favorable aux personnes âgées.

Tous les changements suscitent les mêmes réactions qu’ils soient relatifs à l’environnement ou à des constructions sociales. Ainsi la transition climatique est niée par certains tandis que d’autres tentent de s’y opposer. En fait, le climat a toujours évolué fortement. La dernière glaciation a à peine 15000 ans. Dans quelques décennies, après épuisement des combustibles fossiles, le climat reprendra son cours naturel, défini par des forces constantes telles que l’intensification du rayonnement solaire, la conjugaison d’influences cycliques et des évènements aléatoires modifiant le rayonnement solaire ou sa réception sur notre planète.

Les constructions sociales que nous considérons comme normales parce que nous en avons une connaissance directe, ne sont que le résultat provisoire d’évolutions qui n’ont jamais cessé et vont se poursuivre. La famille, le travail, la nation, les croyances religieuses par exemple sont des créations contingentes et vont continuer à s’adapter sous la pression de nécessités naturelles, d’innovations technologiques, de confrontations politiques… et probablement du pouvoir de conviction d’esprits inspirés et persuasifs.

Ainsi la famille la plus répandue aujourd’hui, la famille nucléaire, ne doit pas conduire à oublier les formes qui l’ont précédée, comme la famille souche et les multiples autres  formes qui ont existé, existent ou sont en train d’apparaître dans des circonstances particulières, telles les familles polygyniques, polyandriques, recomposées, monoparentales, non cohabitantes, polygynandriques ou organisées par l’État comme le souhaitait Platon.

Les conditions actuelles de la vie humaine étant très différentes de ce qui a existé jusqu’à ce jour en termes d’espérance de vie, de santé, d’économie et d’organisation sociale, d’autres formes encore apparaîtront.

De même le travail a connu de multiples avatars, qu’on l’envisage sous l’angle de son statut, de son sens ou de son organisation. Participation rituelle à la vie collective, esclavage, corvée acceptée ou vocation sont quelques-uns des statuts qui l’ont défini.

Punition divine, activité nécessaire devant être restreinte au minimum selon le catholicisme ancien, devoir moral et social selon le protestantisme, base de l’autonomie de l’individu ou vecteur de son développement personnel pour d’autres ou encore jeu social pour combattre l’oisiveté, sont autant de sens qui lui ont été attribués.

Quant à son mode d’organisation, inutile d’insister sur ce que signifie, entre autres étapes, le passage de l’agriculture de subsistance à l’industrie de masse et aujourd’hui au traitement à distance de données qu’est le télétravail.

Autre exemple encore, la France éternelle est-elle celle de Louis XII ou celle de Napoléon 1er, celle du traité de Francfort, de 1945 ou de 1962, installée selon les époques sur un espace allant de 1 à 10 ?

Quant aux régimes politiques, depuis les anciens clans ou chefferies, jusqu’aux régimes modernes, si leur évolution semble avoir tendu vers l’établissement de démocraties  telles que nous les connaissons, c’est une vue ex post qui ignore les retours et les détours et postule bien imprudemment que la démocratie serait la fin de l’histoire.

Être conscient que la planète dont nous sommes les éphémères passagers est emportée par un maelström, ne doit pas nous conduire à la résignation mais au contraire à l’audace. Si changer pour changer est à proscrire, tenter d’ordonner et d’influencer les inéluctables changements donne un sens à nos existences.

 

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