Retraite par répartition ou par capitalisation ?

Publié en février 2018

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les Français sont très attachés au régime de retraites par répartition qui symbolise pour eux la solidarité intergénérationnelle alors que la retraite par capitalisation serait une aventure purement individuelle car chacun ne reçoit qu’en fonction des réserves qu’il a lui-même financées ; aventure aussi, car si la répartition ne peut pas disparaître tant que des hommes travaillent, une réserve financière le peut et l’histoire en atteste.

En fait, les mots qui désignent un phénomène complexe ne le décrivent pas, mais l’évoquent le plus souvent dans son état à un moment de l’histoire, créant entre ses différents éléments un lien indissoluble là où il n’y a qu’une relation contingente.

Ainsi un mécanisme de retraite comporte deux phases : la collecte des ressources, toujours prélevées sur le revenu national mais assise sur des cotisations versées par les actifs, des impôts ou des revenus du patrimoine selon le cas.

Les prestations ont un lien nécessaire avec le montant total des ressources collectées, pas nécessairement avec leur nature.

Les régimes de répartition, réputés avoir toutes les vertus,  ont favorisé pendant longtemps des inégalités critiquables, en permettant à des secteurs économiques en développement de prélever de faibles cotisations et de verser des prestations importantes, et réciproquement pour les secteurs économiquement en perte de vitesse.

On tend à les fusionner, ce qui est d’autant plus raisonnable que les carrières se déroulent de moins en moins dans une seule activité ; il reste que les fusions s’arrêtent aux frontières et que les retraités sont dans certains pays et les jeunes actifs dans d’autres.

La répartition est nécessairement collective : la capitalisation peut être individuelle, mais également collective ; elle n’est alors qu’un mode de gestion qui exige au départ la constitution d’un capital, mais offre en revanche une réduction  ultérieure des cotisations prélevées sur le travail égale à la contribution apportée par le capital. Cette dernière peut partiellement provenir de l’étranger si une partie des fonds y est placée.  Le Fonds de retraite Norvégien en donne l’exemple.

Par ailleurs, la capitalisation constituerait une source de fonds propres potentiels pour les entreprises et démocratiserait leur propriété, ce dont ont peut-être peur les tenants de la répartition.

Un complément de retraite volontaire ne peut être qu’individuel et donc par capitalisation. Pour autant il n’est pas totalement impossible de répondre à deux des critiques couramment formulées à l’égard de ce dispositif : le risque financier et l’incapacité de paramétrer les prestations sur d’autres critères que les cotisations :

Il existe des instruments de gestion qui peuvent protéger de l’inflation notamment et les compagnies d’assurance savent paramétrer les rentes  en fonction de diverses circonstances telles que l’espérance de vie et la dépendance.

Par ailleurs, la fiscalité apporte, tant au niveau des cotisations que des prestations, une dimension collective dont il serait possible de jouer pour favoriser l’atteinte d’objectifs souhaités par les pouvoirs publics : ainsi la fiscalité des prestations pourrait tenir compte de l’inflation.

Répartition et capitalisation ne sont donc pas des dispositifs intouchables dans leur pureté, mais des modalités différentes ayant chacune des avantages et des limites, susceptibles d’être aménagées et d’être utilisées conjointement pour optimiser le résultat global.

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