Retour à la normale

Publié en décembre,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Tout le monde attend avec impatience la fin de la pandémie et le retour à une situation comparable à l’avant crise.

Il est évident que la levée des contraintes imposées par les Pouvoirs Publics permettra la reprise instantanée de certaines activités aujourd’hui à l’arrêt, mais peu retrouveront rapidement leur niveau antérieur en raison de la dynamique même des crises et, pour des raisons plus structurelles, une partie ne redémarrera pas du tout.

Toute crise commence en effet par s’auto entretenir : les suppressions d’emplois entraînent une baisse de la demande à la fois mécaniquement et du fait de son impact sur le moral des consommateurs. Les mesures de relance prises par les gouvernements permettent de combattre ces effets négatifs mais après un temps qui peut être de plusieurs années.

La crise a également provoqué des dommages économiques et sociaux définitifs qui ne pourront être compensés que par des activités nouvelles.

Ainsi les contraintes que fait peser la transition écologique vont s’exprimer avec une force accrue. Là où par exemple  elles s’avéraient incapables d’empêcher le développement du transport aérien low cost, elles vont fortement freiner son redémarrage après qu’il ait été stoppé net par la crise sanitaire en même temps que toutes les activités d’accueil qui en dépendaient, pourtant essentielles à bien des pays.

La pandémie a conduit à la suppression de milliers d’emplois parce que d’autres habitudes de travail ou de consommation ont été prises. Le télétravail en est une illustration majeure et va avoir des conséquences en matière d’immobilier de bureau, de transport et de restauration. Si les services administratifs des entreprises fonctionnent désormais avec seulement la moitié des effectifs présents à tout moment, ces dernières vont pouvoir réduire la surface de leurs locaux dans la même proportion. Les besoins d’infrastructures de transport vont se contracter et la moitié des services de restauration servant cette population sera fermée.

En matière de consommation, la pratique du télétravail et les restrictions à la liberté de circuler ont conduit à l’explosion des achats à distance. La fin de la pandémie permettra un retour partiel aux pratiques anciennes, mais les nouvelles habitudes ne disparaîtront pas. Des magasins vont fermer définitivement.

D’autres forces encore vont influencer les formes et la vitesse de la reprise.

Le développement économique nécessaire aux pays émergents pour faire face à leur croissance démographique est cassé par les conséquences de la crise sanitaire chez eux, mais plus encore par la baisse de tonus des pays développés et les exigences de la transition écologique les poussant à importer moins de ressources fossiles ou agricoles dont l’économie de ces pays dépend.

Les tensions internationales s’en trouveront accrues et notamment les risques de conflits et la pression migratoire.

Malgré ces difficultés, le recul de l’économie n’est pas irrémédiable. Il représente la phase de destruction que Schumpeter considère comme la condition du progrès dans son expression « la destruction créatrice ».

Mais la création et l’innovation ne sont pas spontanées. Il faut du temps pour imaginer des activités cohérentes avec le nouvel environnement, les tester et convaincre les marchés. Ceci est d’autant plus difficile qu’il existe de multiples et bruyantes oppositions : partisan de la décroissance, zadistes, gardiens des traditions, de l’espace, de la biodiversité, de la santé, du silence, de l’esthétique…

Il faut une politique économique réellement favorable à l’activité. La Chine a démontré dans la deuxième moitié du XXème siècle comment la gouvernance d’un pays pouvait, toutes choses étant égales par ailleurs, le plonger dans la misère ou l’amener à la prospérité.

 La leçon est universelle.

Se relèveront les pays qui sauront libérer les forces créatrices et l’esprit entrepreneurial de leur population et échoueront ceux qui rechercheront des solutions dans l’encadrement bureaucratique.

Se relèveront les pays qui sauront gérer leur endettement, dont le remboursement condamnerait durablement leur économie, sans se faire mettre au ban des nations.

S’en tireront les pays où libertés et contraintes, également nécessaires au succès, s’appliqueront où elles sont indispensables pour éviter la stagnation dans l’anarchie ou la sclérose dans la bureaucratie.

 

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