Réduire l’emploi public

Publié en mars 2011

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La France connaît un déficit public structurel, aggravé par les conséquences de la crise économique actuelle. Les gouvernements s’efforcent de combattre ce déficit en réduisant les effectifs de la fonction publique.

L’effort peut sembler louable, mais les effets sont modestes.

D’abord, parce que les tenants de la réduction des effectifs donnent rarement le bon exemple : les élus multiplient le personnel de leurs cabinets, créent en permanence de nouvelles structures, plutôt que de réorienter les anciennes, et défendent l’emploi là où ils sont élus, même lorsqu’il est inutile. Quand par hasard ils se décident, le consensus des parties prenantes conduit à supprimer les emplois indispensables, les seuls dont on soit sûr qu’ils seront promptement rétablis. En attendant, le travail est effectué par des sous-traitants, qui coûtent évidemment plus cher, ou des contractuels qu’il faudra titulariser !

Au manque de résultats, on répondra que l’objectif n’en est pas moins louable.

Est-ce bien le cas ?

Il est certain que le déficit budgétaire est excessif et qu’il faut le réduire. Mais il est également certain qu’un pays qui se développe, ce qui est encore le cas de la France, même si le rythme de cette croissance est structurellement faible, a de plus en plus besoin des « biens supérieurs » que sont les services publics.

Le plus riche des hommes vivant dans un pays sans routes, sans hôpitaux, sans police et sans juge, mènerait une vie qui ne serait guère enviable. Au-delà des biens de consommation, l’abondance n’a d’intérêt que dans des services collectifs.

La contradiction n’est qu’apparente : entre les charges du budget et les services rendus par la collectivité à ses membres, il y a le bon usage des fonds. Or le constat est de ce point de vue dramatique et les efforts pour y remédier ont le plus souvent des effets opposés aux buts affichés. Dans les hôpitaux, la politique de la dotation globale a conduit à financer de manière excessive des hôpitaux sans patients et à en sous-doter d’autres, asphyxiés par le développement de leur activité ? Des professeurs sont sans poste et des classes sont surpeuplées. Les professeurs et Les policiers expérimentés sont affectés dans les postes les plus faciles et les jeunes inexpérimentés dans les emplois les plus compliqués. Le flux annuel des nouvelles lois ne tarit pas, mais les moyens de la justice stagnent, ce qui ralentit le cours des procédures au détriment de la qualité et du coût de celles-ci. Les niveaux d’administration s’empilent : communes, syndicats de communes, départements, régions, État, Europe. Le moindre ouvrage collectif est cofinancé par ces différents échelons, comme nous l’enseignent de fréquents panneaux à l’entrée des chantiers. Une pluralité d’administrations interviennent, dont les positions techniques sont souvent différentes, tandis que les décideurs politiques peuvent être de bords différents. La multiplication des acteurs et leur éventuelle opposition accroissent la durée et le coût de chaque dossier.

Il ne s’agit là que de quelques exemples, qu’on pourrait multiplier à l’infini.

Si le combat des idées est celui de l’étendue du rôle de l’État, celui du terrain est celui du bon usage de prélèvements qui s’accroissent pour un service moindre.

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