Quelques remarques sur les inégalités de revenus et de patrimoine

Publié en 2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Depuis 40 ans, les inégalités de revenus et davantage encore celles de patrimoine ne cessent de progresser dans le monde. Ce phénomène a des conséquences économiques et sociales  très préoccupantes, mais  a aussi une signification politique  dont la perception reste encore confuse. Les notions de revenus et de patrimoine ont été forgées historiquement pour décrire des situations où existaient certes des inégalités très importantes mais dans lesquelles elles avaient le même sens pour les riches et les pauvres : le revenu est la richesse acquise au cours d’une période, qu’on peut utiliser pour ses besoins sans s’appauvrir, voire économiser marginalement pour se composer ou accroître un patrimoine. Le patrimoine est le stock de richesses  servant au confort de la famille ou à financer des investissements  destinés à produire des revenus  financiers supplémentaires. Les quelques dizaines de fortunes qui représentent aujourd’hui, à elles seules, un pourcentage important du patrimoine mondial sont d’une autre nature : l’accroissement de leur patrimoine est un but en soi dont la conséquence, sinon le but avoué, est la constitution d’un pouvoir politique sans base territoriale, par opposition aux pouvoirs politiques traditionnels. Ce dernier s’érode au profit d’une composante de nature différente, financière, technologique et internationale que ne contrôlent plus vraiment les États mais est désormais capable de les influencer.

Autre remarque, les journaux publient régulièrement des articles sur la distribution de la richesse nationale ou mondiale, confondant souvent, sous le même terme, revenus  et patrimoine de manière à faire ressortir davantage encore les inégalités puisqu’ils comparent  le patrimoine des riches, résultant d’une accumulation sur longue durée, et le revenu des pauvres sur courte période, année,  mois ou  jour.

En France, les chiffres relatifs au patrimoine sont assez bien connus. Ce n’est pas le cas partout et les comparaisons internationales requièrent des hypothèses qui en biaisent la signification : quel est le plus riche, par exemple, entre le propriétaire d’un appartement de taille moyenne à Paris  et   celui  d’une grande villa  à Montevideo ? Les chiffres désignent le premier, le positionnement social, le second.

Le patrimoine des Français est estimé par l’ INSEE à 12.000 milliards d’euros environ en 2018. Les 1 % des ménages fiscaux les plus riches détiennent environ 17 % du total, soit 2 .000 milliards d’Euros  pour 290 000 foyers ou encore 4 millions d’euros par foyer.

Pour le monde entier le patrimoine est évalué à  114 000 milliards  de dollars en 2018, soit 82 .000 milliards d’euros environ ;  la part des Français s’établit à 1,75 % du total  soit moins que la part de la France dans le PIB mondial qui est de 2,5 %.

En commentant l’étude annuelle de l’ O.N.G. Oxfam, la presse donne parfois à penser que quelques dizaines de personnes possèdent la moitié du patrimoine mondial. Outre le fait qu’il ne s’agit généralement pas d’individus, mais de familles parfois très larges, elles  possèdent en fait l’équivalent de ce que possède la  moitié la plus pauvre de la population mondiale , soit 2 % du total environ : c’est beaucoup, mais quand même 25 fois moins. De même, il est indiqué que ces 42 personnes ont bénéficié en 2017 de 82 % de la richesse produite pendant l’année, ce qui est faux : c’est leur part dans l’accroissement  de la valeur  nominale du patrimoine. La richesse produite  dans l’année est la somme des PIB, de beaucoup supérieure et dont les deux tiers rémunèrent le travail et autres facteurs de production. L’accroissement du patrimoine se construit pour partie à partir de l’épargne, c’est-à-dire du revenu non consommé, et pour le reste grâce à  la valorisation monétaire des actifs : cette fraction n’enlève rien à  à personne, elle est réversible et  sa contraction  en période de crise ne réduit pas plus  la masse de biens physiques existante que son augmentation ne l’accroit.

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