Les techniques et les hommes

Publié en 2012
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les techniques ne sont que des instruments au service des hommes, destinés à faciliter l’atteinte de leurs objectifs. Lorsqu’elles acquièrent une grande importance et deviennent le moyen d’exister d’un groupe particulier, elles tendent à se doter de finalités propres. Plus exactement, elles cessent de servir la collectivité, mais ceux qui les maîtrisent.

Ainsi, au Moyen Âge, les hommes d’armes nécessaires à la protection de la société civile se sont constitués en féodalités confisquant le pouvoir à leur seul profit. Plus récemment, de nombreuses autres dérives ont vu le jour. Le lobby judiciaire américain, après avoir servi à l’établissement d’une société de droit, est devenu le moyen pour une caste de rançonner la société. Le code a remplacé le colt. Les métiers de la finance ont provoqué une gigantesque crise économique. Contrairement à ce qu’en déduisent beaucoup, ce ne sont pas les techniques financières qui sont en cause. Elles ont toutes leur utilité. Le problème réside dans le fait qu’une communauté a détourné ces techniques à son profit. Une autre communauté est en train de s’organiser autour des activités de contrôle. Ces techniques, là aussi, sont utiles et même indispensables dans une société complexe où le citoyen ne contrôle plus grand-chose par lui-même. La rigueur de règles, la transparence des procédures et la moralisation des acteurs servent l’activité. Mais ceux qui ont la charge du contrôle développent ces techniques comme si elles étaient une fin en soi, et à leur seul profit. Le contrôle asphyxie en fin de compte les activités qu’il est censé soutenir.

Ce phénomène se voit à toutes les époques et en tout lieu, quelle que soit la technique.  On peut donc penser qu’il s’agit d’une propension universelle qui n’a que deux limites, au demeurant opposées. Premièrement, quand la majorité de la population pratique cette technique. Cela a été le cas de l’agriculture, par exemple. La majorité de la population ne peut en effet pas s’exploiter elle-même. Deuxièmement, à l’inverse, quand le rôle d’une technique est marginal et que ses porteurs n’ont pu convaincre du caractère vital de leur intervention.

Articles similaires

Pour un compte personnel des flux entre le citoyen et l’État

15 Jan 2019

La fiscalité est toujours une source de frustration pour le citoyen qui voit disparaître à travers elle une partie de ce qu’il a eu tant de mal à gagner. Un citoyen libre veut l’être non seulement de ses pensées et de ses actions, mais aussi de l’emploi de son revenu, ce dont le privent l’impôt […]

Le choix du cap, base de l’efficacité

11 Jan 2019

Le niveau de vie des Français est un des plus élevé du monde ; néanmoins la révolte des gilets jaunes démontre qu’il y a beaucoup d’insatisfaction, davantage apparemment que dans beaucoup de pays objectivement moins prospères. Il est vrai qu’on manque d’emplois, même si d’aucuns s’en accommodent et préfère le chômage à des emplois peu gratifiants ; […]