Les enfants gâtés

Publié en septembre 2012

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La plupart d’entre nous est prompte à stigmatiser les enfants gâtés. Nous appelons ainsi ceux qui ont grandi sans aucune discipline. Ceux qui ont reçu ou fait ce que leur fantaisie leur suggérait de demander ou de faire, sans souci des autres, sans raison, sans aucun sens du devoir. Ceux qui se montrent parfois généreux, mais par indifférence pour un argent qui ne leur a coûté aucun effort, plus que par véritable attention aux autres. Ceux dont la générosité s’explique surtout par le désir de s’acheter  un redevable – un jouet, en quelque sorte.

Mais les problèmes auxquels nos sociétés sont confrontées résultent du fait que nous sommes tous des enfants gâtés qui vivons de l’héritage de nos prédécesseurs. Les sociopathes qu’on appelle des enfants gâtés et qui pullulent dans nos sociétés de consommation n’en sont que la forme extrême et caricaturale.

Les sociétés anciennes et les sociétés pauvres d’aujourd’hui n’admettent pas le comportement des enfants gâtés : elles sont conscientes de la dureté de l’existence et tendent à considérer le groupe comme une protection relative. Elles pratiquent la solidarité entre leurs membres et elles acceptent la toute-puissance de l’État ou de son avatar tribal. Si tant de despotes ont existé dans le temps et l’espace, ce n’est pas tant que certains individus détiennent une force permettant de soumettre les autres à leur volonté, que parce que les populations ressentaient le besoin vital d’une autorité, la capacité de s’emparer du pouvoir ne faisant que départager des concurrents toujours trop nombreux.

Les enfants gâtés d’aujourd’hui refusent ces règles : les pouvoirs politiques ont été émasculés, chacun veut faire ce qu’il a envie de faire, et peu importe si cela est utile à la collectivité, si celle-ci doit payer quand il s’agit d’activités improductives.

La générosité est là elle aussi. Chacun souhaite que la collectivité, même s’il ne fait rien pour elle et vit à ses crochets, soit généreuse. Elle doit financer pauvres et malheureux dont la dérange, en même temps soutenir ce qui fait les aménités de l’existence, la santé et l’art en particulier.

Les enfants gâtés ne résistent pas à l’adversité, ils ne se retroussent pas les manches, mais ils n’arriveront pas indéfiniment à convaincre ceux qui se battent pour survivre de les nourrir dans le confort et l’illusion.

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