S'inscrire à notre newsletter

L’endettement

Publié en juin 2012
Président de l'Institut Diderot, fondateur, président du groupe d’édition Humensis et président d’honneur du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA, GMF et PartnerRe.

Après l’endettement des ménages américains, dont l’excès a déclenché la crise économique en 2008, celui de certains pays pèse sur la conjoncture internationale et menace la zone euro d’éclatement.

Comprendre la nature des problèmes en vue d’imaginer les sorties possibles de la crise demande au préalable de rappeler un principe fondamental : le crédit joue un rôle clé dans le fonctionnement et le développement des économies modernes.

On sait que le produit national d’un pays et le revenu de ses habitants sont les deux faces d’une même réalité : ils sont toujours égaux sur une période donnée. Toute production de biens et services s’accompagne de la création d’un revenu équivalent et tout emploi de revenus de l’absorption d’une production de même valeur.

Cet équilibre global recouvre une multitude de déséquilibres au niveau microéconomique que le crédit seul permet de gérer.

Ainsi la construction d’un navire prend plusieurs années : la valeur ajoutée ne sera constatée qu’au terme de cette période, mais tous les contributeurs, salariés et prestataires, vont exiger que leurs propres contributions soient réglées à mesure qu’elles sont effectuées. En l’absence de crédit, la contradiction ne peut être résolue et la construction du navire ne pourrait avoir lieu.

À la vente du navire, le chantier naval va engranger la valeur ajoutée totale et rembourser le crédit : sur la période, production et revenu sont bien égaux.

Le crédit a simplement anticipé la matérialisation d’un revenu dont il a permis l’existence.

Si le crédit dépasse le revenu qu’il est possible d’anticiper (ou si l’anticipation ne se matérialise pas, par exemple dans le cas d’un crédit ayant financé un investissement productif qui s’avère infructueux), il change de nature. La demande globale résultant de l’addition du revenu et de ce crédit dépasse la production de biens et services et génère un déséquilibre. L’équilibre instantané entre l’offre et la demande peut être rétabli grâce à l’importation de biens et de services ou à l’exportation de capitaux, mais ces opérations n’annulent pas pour autant le pouvoir d’achat artificiellement créé : il le transfère à d’autres agents économiques susceptibles de l’exercer à tout moment. Il viendra alors s’ajouter à un revenu égal à la production. Le problème a été décalé dans le temps, mais reste non résolu.

Pour que le remboursement soit possible, il faut qu’une partie du revenu qui accompagne toute production soit retirée aux bénéficiaires légitimes et transférée aux créanciers, ce qui pose deux types de difficultés (d’autant plus aigues que cette contraction s’ajoute habituellement à celle nécessaire pour éviter l’accroissement du crédit) :

– Sociologiquement, producteurs et créancier ne sont pas nécessairement les mêmes et chacun tend à exiger la juste contrepartie de sa contribution à la production.

– Plus grave et généralement sous-estimée, la confiscation d’une part du revenu du producteur entraîne la contraction des utilisations qu’il en faisait, provoquant une récession. Ainsi les salariés vont renoncer à des produits de consommation courante que les créanciers remboursés, dont la sociologie est différente, n’ont aucune raison d’acheter et il n’est pas certain que ces derniers trouvent dans la production de quoi satisfaire d’autres demandes.

La réduction de l’excès d’endettement ne peut prendre que deux formes :

– Le transfert d’actifs existants : si l’addition du revenu et du crédit dépasse la valeur de la production, le fait de rajouter à celle-ci des actifs existant permet d’aller dans le sens du rééquilibrage. Ainsi la Chine, créancière importante des États-Unis, utilise ses dollars pour acquérir entreprises et autres actifs réels un peu partout dans le monde.

– L’annulation, en droit ou de fait, de la dette. Elle peut prendre la forme d’un renoncement plus ou moins volontaire de la part des créanciers, d’une dévaluation, lorsque la dette est en devise nationale, mais contractée à l’étranger. Elle peut aussi prendre la forme de l’hyperinflation (juridiquement en effet ce qui doit être remboursé est la valeur nominale du crédit, non sa valeur réelle lorsqu’il a été consenti).

L’histoire nous enseigne cependant que lorsque l’endettement excessif ne peut être réduit par une des voies indiquées ci-dessus, il est fréquent de recourir à la violence à fin d’effacer les dettes par la suppression des créanciers au moyen de la guerre ou de la révolution.

0

Vous pourriez aussi être intéressés par

10 2022

Trop de dettes ?

Banques centrales et économistes s’alarment de la montée de l’endettement à travers le monde qui atteint le niveau record de 3,6 années de PIB. Quel […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys 02 2021

Niveau de vie

La monnaie est à la fois l’étalon de mesure de la valeur des biens et le moyen de les acquérir. L’argent représente donc la richesse […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys 01 2021

L’avenir de la dette

L’endettement mondial atteint des sommets et les États continuent à emprunter pour éviter les conséquences de la pandémie. Les économistes s’affolent : comment va-t-on gérer […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys 01 2021

Croissance ou décroissance ?

Les excès de la société de consommation, qui sont indéniables, inspirent des idéologies favorables à la décroissance. Elle serait, selon elles, nécessaire pour la planète […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys 12 2020

Retour à la normale

Tout le monde attend avec impatience la fin de la pandémie et le retour à une situation comparable à l’avant crise. Il est évident que […]

Lire la suite

Suivez-nous sur Twitter

🎧|PODCAST|🎧
✅#Diplomatie #Sécurité #Politique #Numérique #Innovation #Economie #ModèleSocial #Travail #EconomieSociale #TransitionÉcologique #Ethique #Santé #Médecine & plus encore...
✅Retrouvez, en #libreaccès, tous nos #podcasts🎧
✅Disponible ici 👇
https://on.soundcloud.com/RZYmR

🎧|PODCAST|🎧
✅«L’#IntelligenceArtificielle au #travail»
✅Un marché de 400mds $ ~ en 2022 & qui devrait atteindre 1400mds $ d'ici 2030 mais qui pose des questions éthiques & réglementaires à traiter rapidement #IA🤖
✅L’analyse de Me Dulac-Gérardot👇🏽
https://on.soundcloud.com/3jP2f

🎥|VIDÉO|📹
✅Les nouvelles lignes d'affrontement dans un #mondenumérisé🌐🛡️
✅Dans un monde de porosités, où les champs de bataille ignorent les #frontières, Nicolas Arpagian [@cyberguerre] détaille pour nous les nouvelles formes de confrontations🌏🔥🔽

Image for twitter card

Frontií¨res.com : Les nouvelles lignes d‘affrontements dans un monde numérisé - Institut Diderot

TweetezPartagez

www.institutdiderot.fr

|📲 𝗡𝗼𝘂𝘃𝗲𝗮𝘂 𝘀𝗶𝘁𝗲, 💻 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗮𝘂 𝗱𝗲𝘀𝗶𝗴𝗻, 🔎 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗮𝘂𝘅 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗲𝗻𝘂𝘀|
✅#Podcasts🎙️
✅#Vidéos🎥
✅#Paroledexperts 🧑‍🏫
✅#Publications✍🏻
✅Toujours gratuit et en libre accès 🆓🔓
✅Découvrez-le❗️
👉🏿 http://www.institutdiderot.fr

🔜|DÉBAT|
✅Le ressentiment contemporain menace-t-il la #Démocratie❓
✅Comment prévenir & dépasser le ressentiment ? D’où provient-il ? Comment en protéger la Démocratie ? 🗳️
✅Nous en débattrons autour de la Pr. @CynthiaFleury (@LeCnam @MINES_ParisTech @Hospiphilo @GhuParis)

🆕|PUBLICATION|🆕
✅Insécurité alimentaire & #changementclimatique
✅Les solutions apportées par les biotechnologies végétales🌾
✅Attention à ce que l'🇪🇺 & la 🇫🇷 ne réduisent pas définitivement leurs capacités de recherche & d’innovation ⚠️
via @issuu

Image for twitter card

Insécurité alimentaire & changement climatique : solutions apportées par les biotechno. végétales

issuu.com

|LIVE|🔴
⚠️Les dangers du #wokisme⚠️
✅   Nous en débattons autour du Pr. Jean-François Braunstein, auteur de #Lareligionwoke📚
✅   Selon lui, cette pensée qui a infusé les universités & les médias s'apparente davantage à une religion qu'une idéologie. https://twitter.com/i/broadcasts/1jMJgLAoXjOxL

|PRESSE|
✅«Armons notre raison contre la guerre», pour @Challenges, l’édito d'André Comte-Sponville.
✅ J’aurais dû me souvenir, comme le dit le philosophe Alain, que «ce sont les passions, et non les intérêts, qui mènent le monde».
✅ #GuerreEnUkraine

🔴📲 Un débat à suivre
🗓️ jeudi 9️⃣ février 🗓️
en live-tweet dès 8⃣:3⃣0⃣ sur notre compte Twitter.

Charger plus de Tweets