L’élection de Donald Trump

Publié en 2016
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La montée en puissance du populisme dans le monde est un phénomène régulièrement sous -estimé par les sondages, la presse et les politiques, unis dans leur incapacité à saisir la réalité.

Pendant longtemps, la prétention des élites occidentales de représenter la démocratie s’est accompagnée d’un rejet des revendications populistes, qualifiées de non démocratiques; cette attitude conduit naturellement à ignorer les causes de l’émergence et de la montée en puissance du populisme et donc à en favoriser la poursuite : arrive un jour où celui-ci devient majoritaire ; il devient impossible alors de prétendre que seule la minorité serait démocratique !

Dans les pays où le populisme n’a pas encore gagné, comme en France, il est étonnant de constater à quel point les programmes des partis envisagent de poursuivre les politiques qui ont vocation à favoriser son développement.

Pourtant, le diagnostic est assez simple : aux Etats Unis, on constate qu’en 40 ans le produit intérieur par tête a été multiplié par 2,5 : or un quart de la population a vu son revenu légèrement baissé dans le même temps, un autre quart a à peine progressé : les catégories les plus favorisées ont accaparé toute la croissance, en particulier le 1 pour cent le plus riche, dont le patrimoine est passé de 9 % de la richesse nationale en 1976 à 25%. Peut-on s’étonner que les plus défavorisés y voient problème et ne devrait- on pas admirer que la démocratie en permette l’expression autrement que par la révolte ?

Mais il n’y a pas que les plus riches qui aient accaparé le développement ; en France en particulier, où la fortune est moins concentrée, la stagnation du niveau de vie des classes populaires et moyennes est surtout venue du développement des transferts sociaux, de la prolifération d’institutions parasitaires et de transferts au tiers monde, essentiellement à travers l’importation des biens produits par eux ; ces politiques sont généralement inspirées par de très bons sentiments mais ont un défaut majeur : les bons sentiments flattent ceux qui les éprouvent mais dépriment ceux qui en paient le prix, soit à travers une fiscalité excessive, soit à travers le chômage.

Pour les bénéficiaires et leur soutien, il y a une différence majeure entre l’accaparement d’une part excessive du PIB par une minorité, dont paradoxalement Trump est un représentant caricatural, et le fait de distribuer des aides, des prébendes et des subventions , voire des emplois inutiles à une vaste clientèle, mais il n’y a pas de différence pour ceux qui en font les frais, qui ont simplement face à eux un plus grand nombre de parties prenantes dont certaines leur sont proches.

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