Le nouveau monde

Publié en 2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La géographie mondiale change vite : après un monde bipolaire qui est tombé avec le mur de Berlin en 1990, la domination incontestée des États-Unis s’est affirmée pendant une période qui, à son tour se termine, au profit d’une structuration d’un nouvel état dans lequel coexistent :

• Les États-Unis, qui depuis l’élection du Président Trump, annoncent clairement qu’ils n’ont plus d’amis mais des ennemis et des vassaux contraints d’appliquer leurs directives et de payer tribu.
• Un pôle d’opposition dans lequel se retrouvent un ensemble de pays dont l’hostilité aux États-Unis est le lien commun mené par la Chine, la Russie, la Turquie et l’Iran.
• Les autres pays, c’est-à-dire un ventre mou balloté au rythme de l’histoire écrite par les autres.

La justification de l’Union Européenne, était de pouvoir constituer, face aux Grands, un bloc puissant pour traiter d’égal à égal avec eux. C’est loupé.

Les citoyens européens qui n’ont rien à voir directement ou indirectement avec les États-Unis  doivent remplir chaque année à leur intention des documents fiscaux. Les data sur les citoyens européens sont expédiées et conservées aux États-Unis ; comme celles qui sont en Europe, même les plus confidentielles, sont captées et utilisées par les américains, on a du mal à imaginer que celles qu’on y envoie ne le soient pas ! Enfin, le Patriotic Act décide des pays avec lesquels des entreprises européennes peuvent entretenir des relations commerciales sans risquer les foudres des États-Unis.

Cette faiblesse de l’Europe sur ce point qui justifiait sa création explique grandement la perte de confiance de l’opinion.

Le bloc d’opposition n’a pas la même prétention mais bâtit à vive allure les bases d’empires dont les intérêts ont vocation à s’opposer à ceux des citoyens des pays subordonnés.

Les investissements massifs de la Chine en Europe, en Afrique, en Amérique Latine et dans le Pacifique, ainsi que les crédits qui les accompagnent créent une véritable dépendance des pays d’accueil. On ne peut qu’admirer, par comparaison avec l’Europe, l’intelligence de la stratégie de la Chine : Le développement d’une industrie efficace produisant à bas prix lui a permis de vendre massivement au reste du monde et d’affaiblir la capacité productive des pays développés. Cela lui a permis de constituer une cagnotte dont les fonds lui permettent désormais de prendre pied dans de nombreux pays, de leur consentir d’importants crédits et de les rendre dépendant à leur tour : les premiers concernés sont souvent de petits pays comme Djibouti, les Maldives ou le Monténégro, mais la planisphère ressemble de plus en plus à un damier de jeu de go, dont les pions finissent par se toucher. D’ores et déjà, certains pays comme le Laos et le Cambodge sont sous tutelle.

Il n’y a pas lieu de critiquer ce parcours mené avec intelligence et efficacité au nom et dans l’intérêt de la Chine.

On peut déplorer par contre, le chemin inverse suivi par de nombreux pays et, plus particulièrement la France et l’Europe dont l’Union n’a pas fait la force.

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