Le défi de la complexité

Publié en juin 2012

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les électeurs ont eu le sentiment, pendant la campagne électorale, que les programmes politiques ne répondaient pas à leurs attentes. La cause en est la complexité du monde moderne, qui crée des attentes irréalistes du côté des électeurs et limite ce que les hommes politiques peuvent faire dans le temps qui est le leur.

Le stade de développement actuel ne permet plus de distinguer les contraintes objectives de ce qui dépend de la volonté humaine. Pourquoi me refuse-t-on un travail ? Pourquoi mes revenus sont-ils insuffisants ? Pourquoi suis-je malade si ce n’est qu’on ne m’a ni protégé ni guéri ?

Les candidats n’ont pas, la plupart du temps, de solution aux grands problèmes. S’ils en connaissent une, ils n’ont pas les moyens de la mettre en œuvre tant elle dépend de pouvoirs multiples, internationaux et nationaux, privés et publics. Et s’ils ont le pouvoir de la mettre en œuvre, le temps nécessaire est tel qu’elle arrive à contre temps et produit des effets inverses à l’objectif. Ainsi, le problème principal aujourd’hui serait de relancer la croissance : qui peut prétendre savoir ce qu’il faut faire ? Le rôle de la monnaie, boîte de vitesse du moteur économique au fonctionnement imprévisible, l’interdépendance des économies, la dimension psychologique des comportements collectifs, ne permettent pas de concevoir une solution faisant consensus. Seule une gouvernance mondiale pourrait la mettre en œuvre.

On peut constater les mêmes difficultés et contradictions dans tous les domaines et donc dans l’assurance.

Les règles comptables et les normes de solvabilité dépendent d’autorités différentes et l’État, en charge du développement, voit ses moyens amputés par ces mesures.

Le développement d’une épargne retraite individuelle et facultative serait souhaitable du point de vue économique et social. Mais la fiscalité des contrats, excessivement favorable dans les années 80, quand la rentabilité des contrats était elle-même exceptionnelle, s’est progressivement alourdie pour atteindre son maximum quand la rentabilité a dégringolé au point de rendre celle-ci négative en monnaie constante. Dans le même temps, les règles de solvabilité détournent l’épargne collective de l’investissement dans les entreprises, pourtant indispensable au plan macroéconomique et seul moyen de préserver la valeur de l’épargne sur une longue période.

Nul doute que diverses mesures ponctuelles tenteront de remédier à ces effets négatifs, créant de nouvelles incohérences…

Le principe de précaution sévit partout. Une responsabilisation excessive des organes de gouvernance les invite à ne rien faire. Ce n’est pas eux qui en souffriront ; c’est l’avenir de la société prise dans son ensemble, car, pour une société, il n’est de pire risque que de ne pas en prendre.

Les prudents et les censeurs, les « précautionneux », ne seront jamais jugés pour le dommage qu’ils font à la masse anonyme : qui s’intéresse à la mort des victimes d’accidents de la route dus au retard dans la construction de l’autoroute Le Mans – Tours (la moitié des morts au moins aurait été évitée) en raison de la protection des scarabées dorés ?

Un monde complexe, des pouvoirs éclatés, déséquilibrés entre freins et moteur, conduisent à un avenir d’autant moins maîtrisable que, si l’on s’apitoie sur les conséquences, on en aime les causes…

Article paru dans Courtage News de juin 2012.

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