Le COVID-19 et le PIB

Publié en juin,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La crise sanitaire a provoqué une chute brutale du PIB, de l’ordre de 10% sur l’année. Pour important que soit ce chiffre, il ne reflète pas totalement la réalité du dommage subi par l’économie.

Les effets de la crise, diffèrent selon les agents économiques qu’on peut classer, de ce point de vue, en 3 catégories.

Une première constituée d’activités réputées prioritaires a continué de fonctionner normalement (santé, sécurité, alimentation, etc…). La représentation conventionnelle qu’en donne le PIB conserve sa valeur.

Une deuxième partie comme le tourisme, les manifestations culturelles ou sportives ont arrêté tout ou partie de leur activité. Là-encore la représentation qu’en donne le PIB reflète correctement la réalité.

Pour la troisième partie au contraire, le PIB va enregistrer une valeur ajoutée ne correspondant à aucune production.

Cela tient au fait que, concernant les administrations, la valeur ajoutée est calculée à partir des coûts de fonctionnement et non de la vente de produits et services. Tous les fonctionnaires ont été payés pendant le confinement alors que beaucoup n’ont pas travaillé. La justice par exemple n’a pas fonctionné.

Certaines activités du secteur marchand sont également concernées. Ainsi les services souscrits par abonnement ont enregistré un chiffre d’affaires normal alors que le service n’étaient pas rendu, des loyers ont été payés sans que les locataires puissent occuper les locaux, etc…

La baisse annoncée du PIB ne porte que sur le deuxième groupe qu’elle affecte dans une proportion très supérieure au chiffre annoncé pour le tout, vraisemblablement proche de 25% pour l’année. Or plus la baisse est importante, plus il y a d’entreprises qui ne se relèveront pas.

La mauvaise mesure de la crise économique s’ajoute aux défauts couramment imputés au PIB, de mesurer une production et non son utilité. C’est-à-dire en schématisant, de ne pas distinguer la production d’une ressource alimentaire essentielle et les conséquences économiques d’un accident de voiture…

Pour distinguer les deux, il faudrait élargir au plan macroéconomique le concept de chaîne de valeur utilisé en entreprise. La solidité d’une chaîne dépend de son maillon faible. De ce point de vue, tous les maillons ont la même importance, la construction d’un logement et l’appareil juridique qui l’encadre par exemple. Mais la chaîne de valeur est orientée : on peut concevoir une économie primitive qui produit de la nourriture sans qu’existent l’école, la justice ou les médias, mais l’inverse est impossible. Plus généralement des activités marchandes sont possibles sans Administration, mais si les premières se contractent fortement, la seconde pèse relativement de plus en plus, engageant l’économie dans une spirale infernale vers la ruine.

La société moderne privilégie les derniers maillons de la chaîne au détriment des premiers. Elle considère que ce sont les plus forts créateurs de valeur alors que celle-ci est globale, comme nous l’enseigne la fable des membres et de l’estomac. La répartition n’est que le résultat d’un jeu de pouvoir qui ne distingue pas création et prédation.

 

 

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