Le choix du cap, base de l’efficacité

Publié en 2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le niveau de vie des Français est un des plus élevé du monde ; néanmoins la révolte des gilets jaunes démontre qu’il y a beaucoup d’insatisfaction, davantage apparemment que dans beaucoup de pays objectivement moins prospères.

Il est vrai qu’on manque d’emplois, même si d’aucuns s’en accommodent et préfère le chômage à des emplois peu gratifiants ; il est vrai également qu’une très grande partie des salaires sont bas et peu incitatifs.

Les prestations sociales, dont vivent beaucoup de familles, bien que parmi les plus élevées au monde, sont souvent ressenties comme insuffisantes.

Est-ce que les inégalités sont excessives et une meilleure répartition améliorerait-elle la situation ?

Oui, s’agissant de la moitié la plus pauvre ; mais pour être significatif le mouvement de redistribution devrait toucher les 50 % de la population la plus aisée, dont beaucoup ne se considèrent pas comme riches à juste titre. Dans l’esprit public, la redistribution de la fortune des milliardaires, voire des 1 %  un temps soumis à l’ISF, dont l’immense majorité est plus près du million que du milliard d’euros de patrimoine, changerait les choses ; or, non seulement cela ne représenterait que peu de choses réparties sur la totalité de la population, mais ce qui serait vraiment répartissable serait leur revenu, non leur fortune, représentative pour l’essentiel d’investissements qui devrait être financés de toute manière, à défaut de quoi, le chaos économique et la pauvreté généralisée seraient inévitables.

La seule manière efficace de satisfaire les aspirations est de pousser la croissance. Mais la France peine alors que ses atouts en termes de formation, de culture, d’infrastructure, d’espace et de climat lui donnent des avantages compétitifs certains par rapport à d’autres pays, mais ils ne se traduisent pas par des performances particulières.

La principale raison tient au fait que la France, pour des raisons multiples, suit depuis longtemps une politique libérale plus ou moins marquée selon les gouvernements mais néanmoins constante, tout en étant profondément socialiste dans sa culture, ses attentes et sa mentalité !

Il  ne s’agit pas d’un compromis entre deux extrêmes comme peuvent le connaître les pays scandinaves, mais de la pratique simultanée de deux orientations incompatibles.

Qui pourrait nier que la France est socialiste, non au sens du parti éponyme, mais de la philosophie demandant une amélioration du sort des moins aisés grâce à des prélèvements plus forts sur la partie la plus favorisée de la population ?

Il ne s’agit pas d’une simple amélioration quantitative, mais également qualitative : meilleur accès à une formation de qualité, meilleur logement, justice plus accessible et plus efficace : l’augmentation des prélèvements n’étant pas acceptée spontanément suppose le recours à la contrainte et toutes les améliorations qualitatives un renforcement de l’administration : au total cette philosophie conduit à un développement de la bureaucratie, à la prolifération des interdits, au tarissement des initiatives et finalement à la difficulté d’organiser une économie dynamique, mère de la croissance.

La pensée libérale repose sur l’idée que les citoyens savent mieux que quiconque ce dont ils ont besoin, et que la liberté, en les contraignant quelque peu à se prendre en charge, mais surtout en leur permettant d’agir, est la clef du développement économique.

L’environnement mondial, dominé par les Etats-Unis, et les grandes Institutions inspirées par eux, est libérale : FMI, OMC. L’Union Européenne, plus nuancée, a néanmoins le libéralisme pour credo. En France même, du fait des alternatives politiques, la politique suivie est d’inspiration  libérale lorsque la droite ou le centre détiennent le pouvoir, respectueuse des Institutions internationales libérales quand c’est la gauche.

Comme la politique conduite pendant un quinquennat a davantage d’effets différés dans le temps que d’effets immédiats, les décisions prises par les gouvernements successifs se développent largement dans le même temps, et leur effet cumulé est l’inertie de la société.

Ainsi, la réduction du temps de travail hebdomadaire peut avoir beaucoup d’avantages et un ministre de droite, G. de Robien, a mis en place  un dispositif incitatif pour que les entreprises en bonne santé en prennent l’initiative, mais le rendre obligatoire pour tous alors que les frontières étaient largement ouvertes à la concurrence internationale et la balance commerciale structurellement déficitaire ne pouvait qu’aller à l’encontre de la nécessaire croissance.

En résumé, la France s’est ouverte à la concurrence mondiale, mais s’interdit d’être compétitive du fait d’une fiscalité et d’obligations bureaucratiques paralysantes.

Des choix opposés sont possibles, et chacun a ses vertus, mais leur pratique simultanée est absurde et ne conduit à rien.

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