La mort du capitalisme

Publié en 2016
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Jeremy Rifkin annonce, dans son ouvrage « le coût marginal zéro » le déclin du capitalisme comme une conséquence logique de ses contradictions, que l’économie numérique va amplifier.

La concurrence amène les entreprises à innover pour trouver des moyens d’assurer la production à des coûts de plus en plus bas, tendant donc vers zéro. A partir d’un certain point, le capital ne peut plus se rémunérer : c’est la fin du capitalisme. Les entreprises sont en permanence tentées d’échapper à ce destin en établissant des monopoles : ceux-ci permettent au capital de se rémunérer, mais suppriment le besoin d’innover ou d’investir ce qui mène à une autre forme de mort.

L’économie numérique renforce cette évolution d’une part parce que les progrès de productivité gagnent les activités qui semblaient ne pas pouvoir en bénéficier et parce qu’elle permet l’émergence d’une économie collaborative qui consiste à mettre sur le marché, à un prix quasiment nul, toutes les utilités latentes dans l’énorme stock de biens existants et sous utilisés : voitures, bateaux, appartements, équipements domestiques, etc.. ; cette offre ne peut que réduire le marché de produits neufs et peser sur leur prix..

Mais si Rifkin a raison, le capitalisme ne serait toutefois ni la première victime, ni la plus importante, de cette évolution. Le prix d’un bien ou d’un service est à la fois la mesure de son utilité et la traduction de sa valeur ajoutée ; or, dans les sociétés modernes, la valeur ajoutée est en moyenne composée de 60 % de travail, d’impôts et de quelques autres facteurs de production ; un coût marginal zéro ne peut s’entendre que si la somme des facteurs de production tend vers zéro , notamment les principaux , le travail et l’énergie. C’est techniquement concevable, mais si le travail disparaît lui aussi, comment les travailleurs peuvent avoir des ressources pour vivre ?

Ou bien leur subsistance devra être assurée par l’Etat qui répartirait la production ; il serait curieux que le succès de l’économie collaborative conduise à une organisation de type soviétique, ce qui parait peu probable, mais pas impensable : en permettant l’émergence des GAFA et autres BlaBlaCar, l’économie collaborative a déjà démontré que la liberté anarchique du NET pourrait enfanter des structures contraires à son esprit.

Sinon, il faut considérer que le capitalisme est un mode d’organisation social dans lequel des individus, les entrepreneurs, disposent d’un savoir-faire et maitrisent le facteur de production le plus rare – hier le capital – et utilisent leur pouvoir tiré de ces atouts pour mettre en œuvre et exploiter les autres facteurs de production au profit de leurs propres objectifs, en l’occurrence faire des profits.

Si le capital devient trop abondant- ce qui est le cas aujourd’hui et se traduit par des taux d’intérêt très bas – la maitrise du capital ne constitue plus un outil efficace pour les « entrepreneurs », en fait les dirigeants, pour imposer leurs objectifs et mettre en œuvre les autres facteurs de production.

Articles précédents

Désordres

23 Mai 2019

Le monde apparaît en plein désordre, partout et à quelque niveau qu’on le considère, du local au planétaire. Il en résulte beaucoup d’anxiété, de colère et de dépression. Cet état peut résulter de situations objectives : il est naturel que de pauvres paysans bousculés par les aléas climatiques se désespèrent. Dans nombre de cas toutefois, […]

Panem et circences

23 Mai 2019

On sous-estime à notre époque la pertinence de ce principe de la vie politique romaine. En fait son importance s’est accrue à mesure que le pain cessait d’être un problème. Le mouvement des gilets jaunes s’est formé à partir de revendications visant le niveau de vie, mais il a perduré parce qu’il comporte une dimension […]