La mort du capitalisme

Publié en septembre 2016

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Jeremy Rifkin annonce, dans son ouvrage « le coût marginal zéro » le déclin du capitalisme comme une conséquence logique de ses contradictions, que l’économie numérique va amplifier.

La concurrence amène les entreprises à innover pour trouver des moyens d’assurer la production à des coûts de plus en plus bas, tendant donc vers zéro. A partir d’un certain point, le capital ne peut plus se rémunérer : c’est la fin du capitalisme. Les entreprises sont en permanence tentées d’échapper à ce destin en établissant des monopoles : ceux-ci permettent au capital de se rémunérer, mais suppriment le besoin d’innover ou d’investir ce qui mène à une autre forme de mort.

L’économie numérique renforce cette évolution d’une part parce que les progrès de productivité gagnent les activités qui semblaient ne pas pouvoir en bénéficier et parce qu’elle permet l’émergence d’une économie collaborative qui consiste à mettre sur le marché, à un prix quasiment nul, toutes les utilités latentes dans l’énorme stock de biens existants et sous utilisés : voitures, bateaux, appartements, équipements domestiques, etc.. ; cette offre ne peut que réduire le marché de produits neufs et peser sur leur prix..

Mais si Rifkin a raison, le capitalisme ne serait toutefois ni la première victime, ni la plus importante, de cette évolution. Le prix d’un bien ou d’un service est à la fois la mesure de son utilité et la traduction de sa valeur ajoutée ; or, dans les sociétés modernes, la valeur ajoutée est en moyenne composée de 60 % de travail, d’impôts et de quelques autres facteurs de production ; un coût marginal zéro ne peut s’entendre que si la somme des facteurs de production tend vers zéro , notamment les principaux , le travail et l’énergie. C’est techniquement concevable, mais si le travail disparaît lui aussi, comment les travailleurs peuvent avoir des ressources pour vivre ?

Ou bien leur subsistance devra être assurée par l’Etat qui répartirait la production ; il serait curieux que le succès de l’économie collaborative conduise à une organisation de type soviétique, ce qui parait peu probable, mais pas impensable : en permettant l’émergence des GAFA et autres BlaBlaCar, l’économie collaborative a déjà démontré que la liberté anarchique du NET pourrait enfanter des structures contraires à son esprit.

Sinon, il faut considérer que le capitalisme est un mode d’organisation social dans lequel des individus, les entrepreneurs, disposent d’un savoir-faire et maitrisent le facteur de production le plus rare – hier le capital – et utilisent leur pouvoir tiré de ces atouts pour mettre en œuvre et exploiter les autres facteurs de production au profit de leurs propres objectifs, en l’occurrence faire des profits.

Si le capital devient trop abondant- ce qui est le cas aujourd’hui et se traduit par des taux d’intérêt très bas – la maitrise du capital ne constitue plus un outil efficace pour les « entrepreneurs », en fait les dirigeants, pour imposer leurs objectifs et mettre en œuvre les autres facteurs de production.

0

Vous pourriez aussi être intéressés par

Logocratie
07 2021

Vers la logocratie

Les constructions sociales, comme tout ce qui est vivant, apparaissent, se développent puis quittent la scène en laissant le plus souvent des traces de leur […]

Lire la suite
06 2021

Qu’est-ce que le capitalisme ?

Le journal les Échos titrait dans son édition du 21 mai 2021 « Le bitcoin ou le capitalisme délirant ». Le vocabulaire et les concepts […]

Lire la suite
Sur le changement
05 2021

Sur le changement

Dans les sociétés modernes, le changement est devenu une valeur en soi et un synonyme de progrès, aussi la résistance au changement est-elle considérée comme […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys
02 2021

Le chaos

Les commentaires sur l’actualité donnent l’impression que le monde vit dans le chaos et qu’il s’agit là de la conséquence de l’incompétence des gouvernants. En […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys
01 2021

Et si la pandémie s’installait durablement ?

Depuis près d’un an, les spéculations alarmistes entretiennent inquiétudes et pessimisme de manière excessive. L’industrie pharmaceutique a conçu plusieurs types de vaccins en un temps […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys
01 2021

Qui va payer la note ?

En 2020 le Produit Intérieur Brut de la France a baissé d’environ dix pour cent. Cela signifie que la richesse produite a diminué de deux […]

Lire la suite
Charger plus de Tweets