Gouvernance et long terme

Publié en décembre 2013

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Il existe un consensus, en politique comme en entreprise, sur le fait que la réalisation d’objectifs importants requiert du temps et qu’il est donc nécessaire d’inscrire l’action dans une vision à long terme. On constate pourtant peu de réalisations conformes à ce consensus. Bien sûr, l’exercice est difficile. Peu de personnes sont capables de le faire, et même, tout simplement, de le vouloir.

La principale source de difficultés ne tient toutefois pas à l’insuffisance des hommes, mais à celle des organisations et des procédures.

Le fonctionnement des démocraties électives illustre très bien ce phénomène. Lorsqu’une majorité change à la suite d’un mouvement d’opinion, serait-il de 2 % de l’électorat et fondé sur quelque problème ponctuel, les orientations politiques peuvent changer du tout au tout. Or les plus importantes ont un caractère non réversible. Ce qui est fait est fait. Si une majorité déclare une guerre, la majorité suivante ne peut qu’en gérer les conséquences et non faire qu’elle n’ait pas été engagée.

Ce mécanisme est illustré d’une manière caricaturale en France, où se sont succédé des majorités organisant une société très protectrice sur le plan social et d’autres ayant accepté le jeu de la concurrence internationale. Les partisans de ces deux orientations peuvent estimer que seule la leur est valable. Sans prendre parti entre les deux, on peut constater qu’elles sont incompatibles et, toutes deux, largement irréversibles. L’addition des effets des politiques opposées conduit à une impasse : la France s’est dotée d’un système de protection sociale qui ne lui permet pas d’affronter la concurrence internationale à laquelle elle s’est elle-même exposée, notamment en renonçant à sa monnaie.

En fait, les exemples abondent et le fait que l’Europe n’ait pas choisi entre la voie de l’extension et celle de l’approfondissement est de nature assez proche même si le mouvement de balancier n’a pas pour cause un mouvement aussi net qu’une élection, mais les changements dans l’influence relative des États.

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