Evolution du patrimoine des ménages

Publié en 2012
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le patrimoine des ménages s’est fortement accru au cours de la dernière décennie. Il est important de comprendre les raisons de cette évolution pour tenter d’en prévoir la tendance, alors que la fiscalité risque d’être renforcée.

En la matière, les sources statistiques ne sont pas nombreuses et les dates d’élaboration pas nécessairement homogènes. Les chiffres ne sont donc valables qu’en tant qu’ordre de grandeur.

Les études de l’INSEE montrent néanmoins clairement qu’entre 1997 et 2007 le patrimoine des ménages, déduction faite de leur endettement, est passé (en euros 2007) de 4 500 à 9 400 milliards. Le patrimoine des ménages a donc plus que doublé en 10 ans, pour atteindre l’équivalent de 7 années de revenus disponibles. Cette croissance semble s’être prolongée depuis, bien qu’à un rythme plus lent, le patrimoine net atteignant 10 200 milliards en 2009. Un record pour la France et un niveau relatif atteint dans très peu de pays seulement.

La source normale d’accroissement du patrimoine est l’épargne. Celle-ci représente environ 15 % à 17 % du revenu disponible des ménages, soit 2 500 milliards environ sur la période. Elle n’explique que la moitié seulement de cet accroissement. L’autre moitié est donc due à la seule revalorisation des actifs, en l’occurrence de l’immobilier et du foncier, qui représentent désormais nettement plus de 60 % du total.

Cette hausse présente bien les caractères d’une bulle. On pourrait donc penser qu’elle ne devrait pas se poursuivre, d’autant que, lorsqu’un retournement est pressenti, il se déclenche habituellement sous l’effet des ventes de ceux qui veulent sortir les premiers pour ne pas en supporter les conséquences.

Mais les transactions immobilières ont un coût élevé qui entraîne une certaine inertie. Un retournement réel ne devrait s’amorcer vraiment, s’il se produisait, que lorsque les épargnants auront le sentiment d’avoir une alternative. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Les placements financiers, compte tenu des taux et des perspectives d’évolution de la fiscalité, tant sur les revenus que sur le patrimoine, ont de plus en plus souvent un rendement réel négatif. Les obligations, plus attrayantes que les placements bancaires, sont confrontées au risque de hausse des taux qui ferait plonger leurs cours. Les placements en actions, après deux très fortes chutes des bourses en moins de 10 ans, n’inspirent plus guère confiance.

La crise économique n’a pas, pour l’heure, de raison de s’arrêter : les politiques de l’offre qui pourraient doper la reprise sont vouées à l’inefficacité en raison de la chape de plomb bureaucratique et réglementaire qui pèse sur les économies occidentales. Fiscalité, principe de précaution, contrôles bureaucratiques à tous les étages, judiciarisation de la vie économique… : tous ces obstacles empêchent les entreprises de relancer l’activité.

Les politiques de relance par la demande ne sont pas compatibles avec la réduction de l’endettement. De plus, elles n’auront pour principal effet qu’une augmentation des importations. Les politiques de relance n’ont d’intérêt que si les entreprises nationales sont capables de satisfaire à l’accroissement de la demande. Comme le sport, elles renforcent ceux qui sont en bonne santé, et envoient au cimetière ceux qui sont trop fragiles.

On recourra pourtant aux politiques de relance quand les crises sociales seront devenues insupportables. La relance par le crédit favorisera l’inflation et celle-ci effacera l’excès de dettes au profit des endettés et au détriment des détenteurs d’actifs financiers.

Elle donnera raison aux propriétaires immobiliers et profitera à ceux qui auront acquis, à bas prix, des actions cotées et des contrats d’assurance en unités de compte.

Parmi les gagnants, le timing des arbitrages désignera les meilleurs.

Article publié dans Courtage News de septembre 2012

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