S'inscrire à notre newsletter

Être où ne pas être

Publié en octobre 2020
Président de l'Institut Diderot, fondateur, président du groupe d’édition Humensis et président d’honneur du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA, GMF et PartnerRe.

La crise sanitaire, due au coronavirus, a provoqué une accélération du travail à distance. Mais cette évolution était déjà en cours et s’inscrivait dans un courant très général, commencé bien avant l’apparition des technologies numériques, visant à agir à distance.

Ce fut d’abord la mobilité physique. Le bateau, la roue, le recours aux animaux de trait ou de monte, puis le moteur ont permis aux hommes de faire de plus en plus de choses loin de leurs bases. Ainsi la consommation à l’origine fondée sur l’autoconsommation a progressivement été intermédiée par le commerce de proximité, puis par les centres commerciaux plus éloignés.

De même la guerre est passée du corps à corps à une pratique à distance de plus en plus éloignée avec les arcs, puis les armes à feu, l’aviation et les missiles.

Mais la mobilité que la technologie n’a cessé de favoriser depuis l’invention de la première roue a abordé une phase d’efficacité sociale décroissante. L’accumulation des règlementations, les nuisances – bruit, pollution, consommation d’espace- dues à leur emploi et celles résultant de leur nombre poussent désormais à satisfaire le besoin d’agir à distance sans se déplacer.

L’idée n’est pas nouvelle. L’invention de l’écriture a permis d’agir à distance et l’imprimerie, le téléphone, la radio, puis le disque et la télévision ont pris le relais. Le développement des technologies numériques a multiplié la nature et le volume de ce qu’il est possible de réaliser à distance. Dans bien des secteurs, la vente à distance tend désormais à devenir dominante.

La guerre elle-même a fait un nouveau saut en utilisant des satellites d’observation et des drones opérant en zone de combat mais dirigés à partir de confortables salles de pilotage, installées à des milliers de kilomètres des zones de conflit.

Les relations interpersonnelles, par essence pratiquées à l’occasion de contacts, font désormais une place importante à la relation à distance via le téléphone, les messageries, les réseaux sociaux et ceci même pour les échanges les plus personnels.

Le télétravail a pris beaucoup d’ampleur mais n’en est qu’à ses débuts. Il concerne, pour l’instant, des tâches conçues pour être effectuées en présentiel, mais rendues possible à distance, dans les deux sens, c’est-à-dire de n’importe où vers le lieu d’exécution ou l’inverse. Dans le premier cas, la tâche est toujours effectuée au même endroit mais celui qui en a la charge peut le faire de n’importe où. A l’inverse l’opérateur peut être maintenu sur son lieu de travail et effectuer des tâches à distance. C’est le cas de la télémédecine ou encore de façon marginale de la télé-intervention. C’est encore le cas de la télé-expertise automobile où les experts analysent les dommages subis par les véhicules situés n’importe où sur leur territoire de compétence.

Dans l’avenir, ces différentes formes d’organisation vont se combiner et le travail sera conçu, dès le départ, comme devant être effectué à distance. Marc Zucckerberg a ainsi annoncé qu’à l’avenir Facebook sera organisé sur cette base, chaque collaborateur effectuant, de l’endroit de son choix, des tâches au profit d’entités dispersées dans le monde.

Le télétravail ne signifie pas nécessairement travail à domicile en solitaire : le besoin d’espace adapté, de services logistiques et de contacts sociaux va conduire à organiser des espaces de télétravail très décentralisés, bien équipés et également très conviviaux, permettant d’accéder à des moyens techniques performants, des salles de conférences, des salles de sport, des crèches et de la restauration collective à des personnes travaillant pour diverses entreprises et habitant à proximité.

Mutatis mutandis, une évolution parallèle pourrait se produire sur le plan commercial. D’ores et déjà, beaucoup de consommateurs fréquentent les magasins physiques pour choisir et essayer un vêtement mais l’achètent ensuite sur internet. Ces lieux de vente pourraient être remplacés par des centres locaux multi entreprises, d’exposition, d’essayage et de défilés de modes numériques, de soins esthétiques et de prestations de services de restauration et de loisirs, etc…

Le télétravail est possible lorsqu’il s’applique à des éléments immatériels – textes, images, chiffres, concepts, services…- mais il trouve des limites dans la production matérielle, qu’il s’agisse d’un d’aliment ou de n’importe quel objet.

Dans ce cas, le moyen de répondre au besoin de réduire la mobilité est double : l’impression 3D, qui permet de créer nombre d’objets à partir de commandes données à distance et le retour à des productions locales. L’usage de l’impression 3D est encore limité mais l’influence du localisme, associé au progrès de la robotisation et de la technique d’impression en feront une réalité demain.

Ces différentes évolutions permettront de régénérer la vie sociale locale dans des endroits aujourd’hui plus ou moins désertés mais disposant d’atouts rares pour le futur. La grande ville a longtemps représenté le cœur de la civilisation ; le pouvoir, la culture, le commerce, la sécurité et les moyens de santé y avaient leur siège. Désormais certains de ces apanages sont partagés avec tout le territoire ou devenus carrément le privilège de villes de moindre importance ou de bourgades, disposant non seulement des mêmes atouts, mais aussi d’espace, d’un environnement naturel et de plus de sécurité tant sur le plan sanitaire que sur celui des crimes et délits.

 

 

0

Vous pourriez aussi être intéressés par

Sur le changement 05 2021

Sur le changement

Dans les sociétés modernes, le changement est devenu une valeur en soi et un synonyme de progrès, aussi la résistance au changement est-elle considérée comme […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys 02 2021

Le chaos

Les commentaires sur l’actualité donnent l’impression que le monde vit dans le chaos et qu’il s’agit là de la conséquence de l’incompétence des gouvernants. En […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys 01 2021

Qui va payer la note ?

En 2020 le Produit Intérieur Brut de la France a baissé d’environ dix pour cent. Cela signifie que la richesse produite a diminué de deux […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys 12 2020

Retour à la normale

Tout le monde attend avec impatience la fin de la pandémie et le retour à une situation comparable à l’avant crise. Il est évident que […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys 10 2020

Le monde d’après

Nul ne sait combien va durer la crise sanitaire. Tout dépend d’ailleurs de ce qu’on appelle une crise : sans doute pourrait-on la définir comme une […]

Lire la suite

Suivez-nous sur Twitter

|📲 𝗡𝗼𝘂𝘃𝗲𝗮𝘂 𝘀𝗶𝘁𝗲, 💻 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗮𝘂 𝗱𝗲𝘀𝗶𝗴𝗻, 🔎 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗮𝘂𝘅 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗲𝗻𝘂𝘀|
✅#Podcasts🎙️
✅#Vidéos🎥
✅#Paroledexperts 🧑‍🏫
✅#Publications✍🏻
✅Toujours gratuit et en libre accès 🆓🔓
✅Découvrez-le❗️
👉🏿 http://www.institutdiderot.fr

🔜|DÉBAT|
✅«Les dangers du #wokisme»⚠️
✅Bien plus qu’une simple vague de #foliepassagère, le philosophe Jean-François Braunstein, auteur de #Lareligionwoke (@EditionsGrasset), analysera les dérives de cette #idéologie aux 🇺🇸, en 🇪🇺 et en 🇫🇷.
✅#cancelculture #censure 📚📺🎞️📻📲

|PRESSE|
✅«Socialiste-libéral, c’est possible et même nécessaire», pour @Challenges, l’édito d'André Comte-Sponville.
✅ Le #PS peut jouer son rôle, celui d’une gauche de gouvernement, s’il échappe aux tentations populistes ou extrémistes.
✅ #CongrèsPS 🗳️

🌏PUBLICATION🌍
✅Limiter le #ChangementClimatique❓
✅Plusieurs solutions sont envisageables, et pourraient p-e avoir des bénéfices insoupçonnés, même si arriver à la #neutralitéclimat ne sera pas chose aisée.
✅Un texte signé par le Pr. @chdeperthuis🔽

Image for twitter card

Changement climatique : comprendre et agir

« Limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2, de préférence à 1,5 degré Celsius, ...

issuu.com

|PRESSE|
✅3⃣ans après les débuts de la pandémie, @dominiqueleglu/@Sciences_Avenir annonce que l'@AgenceRecherche va dresser un bilan des recherches & revient sur les conclusions du colloque de l’@InstitutDiderot (juin 2022) sur l'#Innovation en #Sante⚕️🇫🇷

Image for twitter card

Covid-19 : "J’aimerais qu’on puisse voir les vraies performances des chercheurs français" - Sciences et Avenir

Trois ans après les débuts de la pandémie, une trentaine de chercheuses et chercheurs vont dresser un bilan des...

www.sciencesetavenir.fr

|LIVE|🔴
✅ Les nouvelles lignes d'affrontement dans un #mondenumérisé🌐🛡️
✅Mutations des composantes politiques, économiques & militaires, mais aussi #vieprivée & #cryptos, nous en débattons autour de Nicolas Arpagian @cyberguerre 🔴 https://twitter.com/i/broadcasts/1ypKddonWWgKW

🆕|PUBLICATION|🆕
✅ Comment faire face à la #pénurie et à la #haussedesprix des #matièrespremières❓📈
✅🏭#énergie⚡️#alimentation🌾#minerais ⛏️#logistique 🚚 #transports⚓️...
✅ L'économiste #PhilippeChalmin répond à nos questions.
✅ #mondialisation🌏🔽

Image for twitter card

Comment faire face à la pénurie et à la hausse des prix des matières premières ?

issuu.com

🎙️ « Le droit de vivre est plus important que le #droitdemourir mais le droit de mourir fait partie de la liberté de vivre » pour le Philosophe André Comte-Sponville, qui a partagé son point de vue lors de sa venue à la #ConventionCitoyenne sur la #findevie

|DÉBAT|
✅ Bientôt Pascal Broquard, pilier du #CPA10, figure emblématique des #forcesspéciales air & créateur des stages Belouga et Attila, sera notre invité pour un débat autour de son ouvrage «Des forces spéciales à l'entreprise : Comment gérer les crises».
✅ #Management

Charger plus de Tweets