Espionnage et technologie

Publié en 2013
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La NSA américaine espionne le monde.

Au-delà de la mousse médiatico-politique que provoque cette découverte, celle-ci a le mérite d’attirer l’attention sur des choses très importantes, déjà connues en tant que faits, mais délibérément ignorées dans la réflexion :

– La NSA a un programme d’équipement qui lui donnera à terme une capacité mémoire de 1025 octets, soit l’équivalent de 10 milliards de disques durs, un par habitant futur de la planète. Une telle puissance n’a de sens qu’au service d’une ambition prométhéenne consistant à savoir tout ce qui se passe sur Terre.

– La quasi-totalité des informations collectées n’a aucun intérêt d’aucune sorte, d’autant qu’elle ne devient utile, pour l’instant en tout cas, que lorsqu’elle produit une réaction dans un esprit humain. Il faut des moteurs de recherche d’une puissance prodigieuse pour en extraire des données ponctuelles et significatives (identifier dans un milliard de SMS, le message plus ou moins codé relatif à un acte de terrorisme par exemple) ou, grâce à des algorithmes, faire des synthèses permettant, par exemple, d’anticiper un basculement de majorité politique dans un pays. Les moteurs de recherche et algorithmes d’aujourd’hui, déjà très puissants, sont encore insuffisants et leurs successeurs, compte tenu de leur complexité, auront toujours des limites et des bugs. Mais de même que les peuples qui détenaient des armes à feu ont dominé ceux qui n’avaient que des arcs et des flèches, et les États détenteurs de la bombe atomique ceux qui en étaient privés, la maîtrise de l’information fera la différence entre les acteurs de l’histoire et ceux qui la subiront.

– Sur le plan économique, de même que les recherches militaires donnent un avantage important aux industries du pays qui les financent, de même les travaux de la NSA, au-delà des informations qu’ils permettent d’acquérir, vont consolider la domination technologique américaine dans un domaine d’avenir.

On peut délibérément ignorer un fait qui dérange quand sa connaissance n’est pas de nature à entraîner immédiatement de grands bouleversements. Pas quand il annonce clairement un nouveau positionnement dans le monde.

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