Désordres

Publié en 2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le monde apparaît en plein désordre, partout et à quelque niveau qu’on le considère, du local au planétaire. Il en résulte beaucoup d’anxiété, de colère et de dépression. Cet état peut résulter de situations objectives : il est naturel que de pauvres paysans bousculés par les aléas climatiques se désespèrent. Dans nombre de cas toutefois, notamment lorsqu’il s’agit de colère, la cause n’en apparaît pas naturelle mais voulue par des hommes ou au minimum résulter de leur inaction.

Quand on regarde l’histoire à la loupe, on voit qu’à côté des faits qui en ont constitué la trame ont existé à toute époque une multiplicité de choix possibles qui ont été autant de raisons de s’opposer et pour les perdants oubliés de l’histoire, d’éprouver les mêmes sentiments d’angoisse, de colère ou de résignation triste qu’aujourd’hui.

Il y a incontestablement des périodes plus difficiles que d’autres, comme les grandes guerres, ou plus heureuses au contraire, comme les périodes de reconstruction et de prospérité qui souvent leur succèdent ; mais au-delà des différences d’intensité, la sensation de ne pas contrôler l’avenir est permanente ; les maux d’aujourd’hui, dans bien des cas, sont davantage perçus que réels par comparaison au passé ; ils ne correspondent pas à une dégradation réelle mais au retour à des situations historiques, la violence en particulier. On a pu calculer que le XXe siècle, malgré les guerres, les purges staliniennes et les drames chinois ont été parmi les temps les moins violents de l’histoire. C’est encore plus vrai en ce début du XXIe siècle. L’accroissement des violences internationales ou civiles n’est donc pas une dégradation par rapport à une norme, mais plutôt un retour limité à des pratiques courantes tout au long de l’histoire.

Ce n’est pas une raison pour s’en satisfaire, mais pour apprécier les situations qui en sont momentanément ou localement préservées.

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