Data et pétrole

Publié en février 2018

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Certains commentateurs enthousiastes évoquent les data comme l’équivalent, pour l’économie du 21ème siècle, de ce qu’a été le pétrole au 20ème.

D’autres font remarquer qu’à l’inverse du pétrole, au plus les data sont exploitées, au plus il s’en crée ce qui permet d’en envisager un développement sans limite.

Les deux sont effectivement des facteurs de transformation et de développement de l’économie, mais au-delà de leur différence de nature, l’énergie est une ressource essentielle au processus de production -même le numérique utilise beaucoup d’énergie- alors que les data constituent un moyen de mieux utiliser les ressources en tant que telles et par rapport à la satisfaction des consommateurs. Les data sont une source de progrès dans la mesure où elles permettent une amélioration de la satisfaction client : ainsi Uber a contribué au développement de l’usage des VTC, ce qui  est un plus pour les consommateurs et un enrichissement pour la collectivité qu’on peut mesurer au nombre  d’emplois créés, mais qui ne se limite pas à cela.

Les data permettent de connaître de mieux en mieux les besoins des consommateurs : néanmoins, compte tenu de la vitesse avec laquelle ces informations sont collectées, il est évident que leur utilité marginale va diminuer à mesure que leur redondance augmentera. Par ailleurs, tout individu est caractérisé par un temps et un budget disponibles et par des besoins : la satisfaction des besoins se heurte aux limites physiques, temporelles et financières ; les data permettent de développer des manipulations psychologiques conduisant à hausser ces limites en développant  le crédit et en rognant les temps consacrés aux besoins non commerciaux, elles n’en sont que reculées : on ne fait pas boire les ânes qui n’ont pas soif et le gavage à une limite si on ne veut pas tuer la bête.

On est encore loin des limites en termes de connaissances et à fortiori en termes d’utilisations intelligentes, mais elles existent et quand on aura transformé tout le monde en consommateur manipulé et asservi, les big data ne seront plus qu’un moyen de contrôle des âmes.

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