Contradictions

Publié en 2011
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’opinion publique se structure fréquemment en camps opposés. Pour l’heure, ce clivage distingue tenants de la mondialisation et partisans d’un nouveau protectionnisme.

Pour les premiers, le rejet de toute limitation des échanges est favorable à la recherche d’un optimum économique mondial. Pour les seconds, l’abandon des frontières conduit peut être à un optimum économique global, mais plus sûrement encore à une homogénéisation progressive des niveaux de vie, au détriment des populations développées. Ceci serait d’autant plus net que, dans l’établissement de la future moyenne pondérée, les multitudes des pays émergents pèseront plus que les minorités des pays développés.

Cette opposition idéologique recouvre évidemment une opposition d’intérêt. La population la plus favorisée des pays développés gagne en tant que bénéficiaire du processus de spécialisation internationale du travail et en tant que consommatrice. La partie la moins favorisée perd davantage dans ses fonctions productives qu’elle ne gagne en consommant des produits importés bon marché.

Le dépassement de cette contradiction n’est pas encore en vue. Il supposerait, a priori, un taux de développement mondial tel que l’abaissement relatif des pays développés ne s’accompagne pas d’un abaissement pur et simple, en valeur absolue, du niveau de vie de ses populations les moins favorisées.

Mais le taux de développement que devraient atteindre, pour leur part, les pays développés, dépend pour partie d’une autre contradiction, à ce jour non résolue, relative au rôle de l’État.

Deux forces poussent au développement du rôle des États. D’une part, à mesure que le niveau de vie s’élève, la part des consommations collectives a vocation à se développer. On le voit à travers la caricature offerte par certains tyrans de pays émergents qui accaparent toutes les richesses de leur pays, mais n’y jouissent pas des infrastructures de santé ou de culture qu’ils ne peuvent acquérir pour eux seuls. D’autre part, les catégories sociales moins favorisées, qui ne peuvent accéder par leurs propres moyens à certaines consommations, les attendent de l’État. Malheureusement, toute structure collective, à mesure qu’elle grandit, perd plus en efficacité qu’elle n’augmente en taille. L’État devient un Léviathan consommant de plus en plus d’énergie pour des services de moins en moins bonne qualité.

Les citoyens les plus favorisés s’opposent alors à cette croissance de l’État, bien qu’attendant de lui des services que personne d’autre ne peut leur rendre. Premièrement, parce que c’est à eux d’en assurer pour l’essentiel le financement. Ensuite, parce qu’ils constatent son inefficacité.

Le dépassement de cette contradiction, qui n’est pas encore manifeste, est sans doute à rechercher dans la création de nouvelles structures sociales, probablement de petite taille, contribuant à la production de services collectifs, mais utilisant efficacement les ressources qui leur seraient confiées.

L’histoire a démontré que de telles oppositions pouvaient se résoudre. Ainsi l’opposition entre les détenteurs des moyens de production et les salariés. Comme dans la situation actuelle opposant les promoteurs de la globalisation et les tenants du protectionnisme, l’accaparement de la valeur ajoutée par les propriétaires du capital pouvait être présenté par l’une des parties comme une solution optimale. En effet, dans la mesure où elle maximise le profit, donc l’épargne et l’investissement, elle favoris le développement à long terme au profit même de ceux qui en sont les victimes à court terme. C’est ce qui s’est passé quand la poursuite du développement a requis un travail qualifié, donc rare, qu’il a fallu rémunérer correctement, ce qui a permis l’émergence d’une classe moyenne contribuant elle aussi à la formation d’une épargne.

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