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Conséquences régionales de la transition climatique

Publié en décembre 2022
Président de l'Institut Diderot, fondateur, président du groupe d’édition Humensis et président d’honneur du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA, GMF et PartnerRe.

La transition climatique est le plus souvent évoquée dans sa dimension planétaire car tout le monde est concerné d’une manière ou d’une autre, mais surtout parce que la lutte contre le réchauffement climatique ne peut être que globale ou sans effet.

Les conséquences réelles ne seront pas pour autant identiques pour toutes les populations : elles dépendront en premier lieu, des conséquences locales du réchauffement climatique sur leur territoire qui peuvent aller de la submersion pour certaines îles du Pacifique à l’amélioration sensible des conditions d’habitabilité pour certains territoires couverts de glace ou des déserts qui bénéficieraient d’éventuels déplacements des zones de précipitations.

Des phénomènes locaux peuvent avoir une grande importance : l’arrêt du Golf Stream, souvent évoqué comme conséquence du réchauffement climatique, refroidirait les hivers et accentuerait la chaleur de l’été en Europe du Nord-Ouest, une modification d’El Niño modifierait le régime des précipitations de l’Afrique du sud et de l’Asie du sud-est renforçant ici la désertification et là les inondations.

Les conséquences dépendront aussi des populations, de leur nombre, de leur situation économique et de leur culture qui détermineront leur aptitude à s’adapter à des évolutions défavorables et a contribué à l’effort collectif de prévention.

La qualité de leur gouvernance sera essentielle. On peut s’en convaincre par les exemples de pays comme Israël dont les réalisations sont très supérieures à celles d’autres pays de mêmes caractéristiques objectives ou de la Chine qui, selon la période, a pu connaître des famines et quelques décennies plus tard, avec les mêmes atouts, être en lice pour la domination du monde.

Les conséquences du réchauffement climatique seront donc très différentes, toutes choses étant égales par ailleurs, selon les pays. Les plus riches qui rassemblent la moitié de la population mondiale, vont connaître une réduction de moitié et un vieillissement très fort de leur population. Certains ont entrepris de lutter contre ce handicap en mettant en place des politiques natalistes, notamment le Japon et la Corée du Sud, à ce jour sans succès. Des politiques d’immigration sélective plus ou moins volontaristes et explicites sont également en cours de mise en place y compris dans les pays les moins ouverts sur l’étranger comme le Japon et la Corée du Sud. Le succès de ces politiques conditionne leur capacité à faire face aux exigences de la transition climatique en même temps qu’à éviter l’implosion de leur population au risque bien évidemment d’un changement de leur culture.

À l’inverse, les pays de l’autre moitié de l’humanité caractérisée par une forte croissance démographique, en tout cas relative, et d’un niveau de développement très inférieur, auront tendance à faire partir leurs nationaux pour diminuer la pression chez eux et favoriser la création de diasporas de nature à collecter des ressources. Les plus concernés, comme le Nigéria, dont la population devrait quadrupler d’ici la fin du siècle, alors que leur principale ressource, le pétrole, devrait perdre en importance, pourraient connaître de grandes difficultés.

La Russie, désormais une puissance économique et démographique moyenne comparable au Mexique, ne garde son statut de grande puissance internationale qu’en raison de sa force militaire qu’elle ne pourra perpétuellement entretenir. Elle va connaître un recul et un vieillissement très fort de sa population, une moindre contribution des ressources fossiles à sa prospérité et ne pourra y remédier facilement en raison de son absence de culture économique propre à l’initiative et à l’entreprenariat. Elle pourrait bénéficier de l’extension de ses terres cultivables du fait de la fonte du permafrost (la Sibérie représente 9 % des terres émergées) mais il est peu probable qu’une exploitation normale de toute la surface libérée des glaces soit possible. Elle ne pourra profiter de cette extension du fait de sa démographie.

Dans le même temps, les pays d’Asie centrale, plutôt pauvres et dont la part de l’économie moderne repose surtout sur l’exploitation de ressources fossiles et qui, comme la Russie, ne disposent pas d’une culture économique favorable au développement, pourraient souffrir fortement du réchauffement climatique. Le désert tend d’ailleurs à s’y étendre d’année en année. Des conflits pour le partage de l’eau pourraient éclater entre les pays amonts et avals arrosés par les grands fleuves que sont l’Amou-Daria et le Syr-Daria, d’autant que leur démographie reste dynamique. Leur culture commune, d’influence musulmane, pourrait cependant les réunir dans des actions de conquête au détriment de la Russie.

De manière générale, les impacts très différents de la transition climatique selon les régions devraient provoquer des lignes de fracture et des conflits. Les peuples plus défavorisés devraient voir se multiplier les zones de chaos : conflits pour le partage des ressources et notamment de l’eau, affrontements ethniques et religieux comme on le voit déjà dans certains pays d’Afrique ou mainmise mafieuse comme au Mexique ou à Haïti. Le réchauffement climatique sera donc accompagné d’une restructuration géopolitique de la planète. Parmi les pays développés, les États-Unis, du fait de leur puissance acquise, de leur dynamisme démographique relatif ainsi que de leur culture économique, seraient la seule région développée à garder son statut. Pour les autres, la combinaison des effets du changement climatique, de la démographie et de la culture redistribuera largement les cartes.

 

 

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