Conséquences collatérales des grandes grèves

Publié en janvier,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La grève des transports publics depuis un mois et demi a très largement alimenté les médias sous l’angle des difficultés de la vie quotidienne des usagers, un peu moins sous l’angle politique des déclarations et prises de positions des autorités et des syndicats, et un petit peu sous l’angle économique direct – ce que vont gagner ou perdre les différents acteurs, du fait de la réforme des retraites.

Quelques journaux économiques ont cependant consacré des articles aux conséquences immédiates de la grève sur le produit intérieur brut, notamment sur les pertes du commerce de détail et du tourisme, mais un certain nombre d’effets secondaires potentiellement durables ont été complètement ignorés. Pourtant certains peuvent avoir des conséquences non négligeables pour l’avenir, bien après que les péripéties couramment évoquées auront été oubliées.

Il s’agit d’abord, venant après la crise des gilets jaunes et dans son prolongement, d’un rappel aux élites politiques et administratives, du fait que la démocratie est censée être un régime attentif aux attentes du peuple et pas seulement aux lobbys économiques et intellectuels qui les entourent. Du fait de ces derniers, la politique paraît plus concernée par les évolutions sociétales que sociales, économiques ou internationales et, de ce fait, semble ne profiter qu’à des intérêts particuliers ou à des minorités agissantes. Ces sujets sont à prendre en compte, mais lorsqu’ils deviennent la matière principale de la communication politique, le sentiment d’abandon que ressent le peuple ne doit étonner personne.

La seconde conséquence est la réaction du peuple au choc multiforme qui lui est asséné : combativité pas seulement des grévistes mais de tous pour surmonter les difficultés, efforts physiques, invention de solutions, nouvelles solidarités, accélération des mutations dans la consommation. Ainsi les nouveaux modes de mobilité ont vivement progressé et tous les usagers passés à la trottinette ne reviendront pas au métro. De même, le transfert des achats des boutiques à des sites en ligne, la baisse de consommations non essentielles, la marginalisation de phénomènes de mode induits par les élites médiatiques, etc…

Il y a aussi, comme conséquence souvent soulignée par les gilets jaunes, les sentiments ressentis à l’occasion de la participation à de grandes manifestations collectives comme l’exaltation de ne plus être des acteurs passifs et ignorés par les grands de ce monde.

On pourrait aller plus loin et il est probable en effet qu’à travers les difficultés rencontrées, les individus aient été amenés à connaître des choses qu’ils ignoraient, à vivre certaines expériences et à développer certains raisonnements. Si une partie est destinée à s’estomper rapidement avec la reprise des activités, le reste laissera des traces durables dans les esprits et les comportements.

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