Avenir de l’économie sociale

Publié en 2012
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’économie sociale est un concept trop large pour être véritablement utile. Il recouvre deux choses différentes. D’une part, des structures d’auto-organisation mises en place par des entités souhaitant trouver ensemble une solution à un problème commun. D’autre part, des structures caritatives mises en place par un groupe pour aider à résoudre des problèmes sociaux ou humanitaires. Ce sont les cadres juridiques à travers lesquels elle s’exprime le plus habituellement qui permettent d’identifier l’économie sociale et solidaire. Ce critère exclut toutefois des entités qui mériteraient d’être incluses, et inversement. Le terme d’économie sociale devrait être défini et appliqué avec plus de précision.

Sans pouvoir prétendre constituer une troisième voie entre le libéralisme et le collectivisme, contrairement à ce que ses promoteurs de la fin du XIXe siècle ont cru, l’économie sociale comporte beaucoup d’avantages. Ses performances dans les années récentes sont très positives. Les SCOP ont vu leur personnel salarié augmenter de 11 % en 10 ans. Les COOP ont vu leur chiffre d’affaires augmenter depuis 4 ans malgré la crise. Les mutuelles santé et les mutuelles d’assurances, enfin, ont fait une forte pression sur les prix et gagné des parts de marché.

Comparée aux sociétés cotées, l’économie sociale présente plusieurs caractéristiques intéressantes. Elles ne délocalisent pas. Elles innervent les territoires où se situent souvent leurs centres de décisions. La rémunération de ses dirigeants ne présente pas les excès des sociétés cotées. Le personnel y trouve généralement des satisfactions peu fréquentes ailleurs.

Il serait donc souhaitable que les pouvoirs publics s’appuient davantage sur ce secteur favorable au développement.

Point n’est besoin de subvention ou de systèmes fiscaux dérogatoires, sauf dans les domaines caritatif et solidaire. Pour les activités de marché, plusieurs réformes seraient déjà très utiles, et permettraient de faciliter le financement : une attention vigilante et positive ; une labellisation qui permette de mieux connaître et identifier le secteur ; enfin, une adaptation des textes aux caractéristiques techniques propres à l’économie sociale.

Pour l’instant, ni les autorités européennes ni les autorités nationales ne semblent avoir compris le potentiel de l’économie sociale. Le secteur pourrait favoriser leur prise de conscience par une attitude plus proactive et une représentation institutionnelle plus innovante.

Résumé d’une intervention à l’Institut Diderot le 14.02.2012 sur le site www.instutdiderot.fr

Articles précédents

Quelques remarques sur les inégalités de revenus et de patrimoine

15 Mar 2019

Depuis 40 ans, les inégalités de revenus et davantage encore celles de patrimoine ne cessent de progresser dans le monde. Ce phénomène a des conséquences économiques et sociales  très préoccupantes, mais  a aussi une signification politique  dont la perception reste encore confuse. Les notions de revenus et de patrimoine ont été forgées historiquement pour décrire […]

Des morts sans importance

15 Mar 2019

Pour la morale, le droit  et dans le discours politiquement correct, toutes les vies se valent. Dans la réalité, l’opinion n’accorde évidemment pas la même importance à tous et exprime une émotion très variable selon les cas. La personnalité du de cujus explique partiellement ces différences : la mort d’une jeune victime et celle de […]