Vers de nouvelles contraintes

Publié en 2013
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Mon propos sur la tendance de nos sociétés à tendre vers une organisation accordant un primat à la vie collective au détriment de la vie individuelle, selon le modèle des insectes sociaux, n’a pas été bien accueilli. Pourtant, comme image d’une tendance à très long terme, elle me semble assez juste.

Un nouveau mouvement dans ce sens pourrait être fondé sur les préoccupations en matière de santé publique. Le coût de celle-ci nous a convaincus, en relativement peu de temps, que c’est à la collectivité d’en assumer la responsabilité précédemment assignée aux dieux et aux individus eux-mêmes.

Le coût de cette mission devenant insupportable pour les collectivités, la plupart de celles-ci réagissent en tentant d’imposer à leurs membres des comportements conformes à des objectifs de santé publique. Il n’est pas illogique qu’elles conditionnent progressivement leur soutien à un comportement susceptible d’en réduire le coût, mais l’ensemble des dispositions, encore incomplètement connues, pour que les individus se maintiennent en bonne santé, physique, psychologique et sociale, pour reprendre la définition de l’OMC, vont imposer de très nombreuses contraintes : interdiction du tabac, de l’alcool, surveillance attentive de la consommation de produits pharmacologiques, hygiène du sommeil, limitation de la consommation de graisses et de sucres et, plus généralement, pratiques diététiques sont déjà dans les objectifs, sinon dans les faits. Les loisirs sont concernés : pratiques sportives, addictions à l’ordinateur, conditions d’écoute de la musique. Tous les jours de nouvelles sources de risques apparaissent. Le vaste domaine des troubles psychologiques devrait engendrer également son lot de recommandations et on constate que les entreprises sont d’ores et déjà priées d’éviter le stress à leurs salariés.

Aujourd’hui, les recommandations ont un caractère général et sont donc plus ou moins adaptées. À partir du moment où l’analyse du génome d’une part, l’exploitation des « big data » d’autre part permettront de personnaliser ces « recommandations », peut-on concevoir que la collectivité se contente de recommandations générales plus ou moins pertinentes alors qu’il serait possible d’en émettre de plus efficaces au niveau individuel ? Évidemment non. Mais des recommandations sont-elles utiles si l’observation systématique de leur respect n’est pas organisée ? Pas davantage !

Certaines de ces contraintes seront imposées par le politique, mais, dans bien des cas, le jugement de la société sur les individus prétendant recevoir des soins payés par la collectivité tout en ayant un comportement « asocial » sera le vecteur principal de la mise au pas de ses membres.

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