Un défi

Publié en 2018
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

D’ici la fin du siècle la population mondiale devrait passer de 7 à 11 milliards ; un milliard vit aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté et les nouveaux venus sont plutôt attendus dans les pays pauvres : il va donc falloir amener 5 milliards d’individus de plus, au-dessus du seuil de pauvreté contre 6 milliards qui le sont actuellement.

C’est presque un doublement alors que beaucoup de ressources non renouvelables tendent à l’épuisement, que les sols s’érodent, que l’eau devient rare, que le changement climatique menace certaines productions renouvelables qu’il faudra beaucoup de temps pour remplacer par des productions adaptées au nouvel environnement. C’est un défi qui peut être relevé, mais qui appelle volonté, consensus, science, technologie, savoir-faire et initiatives.

Il va falloir de la croissance, beaucoup de croissance ; ceux qui considèrent que la redistribution pourrait suffire se trompent, non seulement parce que quantitativement, l’égalité absolue ne suffirait pas, mais parce que l’illusion monétaire fait oublier que la suppression des jets privés, yachts et autres, biens de luxe ne produirait ni blé, ni riz, ni logements, ni services médicaux. C’est encore plus vrai de l’investissement productif qui constitue l’essentiel du patrimoine des riches. Le transfert de leur propriété ne créerait instantanément aucun bien de consommation et menacerait l’avenir de ceux qui sont produits.

Pour qu’il y ait croissance, il faut des investissements et donc des capitaux. Ces derniers sont surabondants dans le monde, mais leur investissement présuppose la confiance, dont la base est la sécurité physique, juridique et politique que peu de pays offrent à un degré suffisant : même la Grande Bretagne, si favorable en général aux entreprises, crée avec le Brexit une insécurité défavorable à l’activité économique.

Il faut aussi qu’existent des entrepreneurs et l’esprit d’initiative. Ce n’est pas quelque chose d’aussi tangible que le capital ; on en sous-estime de ce fait l’importance : un tas d’or, en soi, n’a jamais rien produit alors que l’esprit créatif peut faire surgir l’oasis du désert. C’est une caractéristique des individus, mais son expression n’est possible qu’avec le consensus de la collectivité : l’attachement au passé condamne les initiatives, le souci d’un égalitarisme excessif tarit la source de l’initiative qui est le désir d’améliorer son sort ; il faut donc que la collectivité tolère les inégalités tout en trouvant le moyen de les contenir pour éviter qu’au fil des générations l’enrichissement ne développe la recherche de la rente et tue le goût d’entreprendre au profit des latifundia et au détriment des usines et laboratoires.

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