Rapport du médiateur de la république et élections

Publié en 2011
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Des élections aux conseils généraux viennent de se tenir. Le taux d’abstention s’est élevé à 56 % et les partis extrémistes ont fortement progressé. Les abstentionnistes et opposants représentent donc une large majorité d’opposition, ou, à tout le moins, de défiance à l’égard du système représentatif tel qu’il fonctionne.

Le médiateur de la République a remis au même moment au Président de la République un rapport très négatif sur la société française, indiquant que celle-ci nourrit un fort sentiment d’impuissance, d’isolement et d’injustice vis-à-vis de l’appareil administratif français.

L’attitude des électeurs dit la même chose que le rapport du médiateur.

Le citoyen qui ne participe pas, de près ou de loin, au jeu du cirque politique, a le sentiment de nourrir à grands frais un appareil politico-administratif totalement à côté de la plaque. Les lois se multiplient, les organismes administratifs et autorités diverses prolifèrent, entraînant non pas un sentiment de progrès dans la résolution des problèmes, mais au contraire de régression.

Le niveau de vie des deux quartiles les moins avantagés de la population stagne ou régresse depuis 10 ans, alors que l’économie mondiale, et même française, a enregistré un progrès sur cette durée.

Comment cela s’explique-t-il ?

Les pouvoirs publics s’évertuent à satisfaire les demandes les plus médiatisées du public, au prix souvent de contorsions et de contradictions, mais en perdant surtout de vue la vraie hiérarchie des problèmes.

La libération d’un squat occupé par 10 personnes appelle l’intervention du DAL et la mise en marche – provisoire et généralement sans grand effet – de l’appareil d’État. La fermeture d‘une usine avec occupation et prise d’otage du DRH pendant 24 heures met en œuvre l’appareil médiatique et d’État et ce dernier intervient pour ramener le calme. Mais ces agitations de surface sont sans effet sur le problème du logement ou celui du chômage. On pourrait trouver des exemples de même nature dans tous les secteurs de la société.

La complexité du monde moderne fait que peu de dirigeants politiques voient les vrais problèmes et encore moins leurs solutions. L’impératif électoral, donc médiatique, les amène à consacrer leur énergie à l’écume des problèmes plutôt qu’au fond.

Ils croient se sauver, mais ils scient la branche sur laquelle ils sont assis et sapent l’idéal démocratique.

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