L’épargne et la Bourse

Publié en 2017
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

 

Les entreprises ont besoin de fonds propres pour financer leur développement et la bourse est, de ce point de vue, un mécanisme efficace.

Cet objectif ne peut toutefois être réalisé que si les épargnants considèrent que c’est une forme de placement attrayante bien que risquée.

L’argument principal pour séduire l’épargne est qu’il s’agit d’un placement rentable sur le long terme ; implicitement, la durée réduit le risque…

L’argument parait plausible dans une économie dont l’objectif permanent est la croissance, qui bénéficie aux entreprises et donc aux actionnaires. Est-il fondé ?

Une étude effectuée par un universitaire américain, Hendrick Bessembinder, évoquée dans « Le Monde » du 4 Octobre dernier tempère cette affirmation.

Réalisée sur un ensemble de 26 000 titres cotés depuis 1926, cette étude fait apparaître que seuls 4 % ont eu une rentabilité supérieure aux bons du Trésor américain.

Personne ne détenant un portefeuille pendant 90 ans d’affilée, les résultats réels pour un investisseur donné dépendent beaucoup des dates d’achat et de revente.

Des études faites sur des durées de 20 ou 30 ans, ce qui est déjà du long terme pour une personne physique, montrent que les résultats réels sont excellents, modestes ou franchement mauvais selon les dates d’achat : sur 20 ans, un achat aux cours des 100 jours les plus favorables suivis d’une vente pendant les 100 jours également les plus favorables, aux cours les plus élevés cette fois, donnent des résultats impressionnants et inversement, tandis que l’achat et la vente réguliers sur longue période gomment les aléas mais rapprochent les performances du calcul de Bessembinder.

Acheter des titres parmi les 4 % les plus performants, le faire au bon moment et les revendre au bon moment a donc une probabilité faible pour qui ne dispose pas d’une information privilégiée.

Le gain réel des investisseurs est ensuite grevé de divers frais de transaction, de conservation ou de gestion ; en les supposant de 0.5 % par an, ce qui est peu, ils représenteraient sur les 90 années de l’étude, plus de 30 % du capital.

Enfin dividendes et plus-values sont généralement imposés, y compris sur la partie de la plus-value qui ne reflète que l’inflation.

En valeur absolue, le placement boursier n’est donc que modérément attrayant.

Il conserve un intérêt relatif par rapport aux placements à taux fixe.

Contrairement à certains à priori, la Bourse n’est donc pas, pour l’épargne, un mécanisme d’enrichissement mais une loterie qui, comme toute loterie, attire le chaland par des gains remarquables, mais contribue, sur le fond, davantage à son érosion et, dans une certaine mesure, à sa redistribution à travers le financement à faible coût de son appareil productif.

 

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