Encore les retraites !

Publié en 2013
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le débat sur le financement des retraites est relancé ; ceux qui s’opposaient hier à toute réforme sont convaincus aujourd’hui de sa nécessité.

L’évolution démographique est claire, l’arithmétique impose la solution : plus de cotisations et moins de prestations. À cette fin, il est possible de jouer sur les taux et sur les durées : plus de cotisations et des retraites plus basses, ou des cotisations pendant plus longtemps et des retraites raccourcies d’autant.

L’évidence est telle qu’elle rend la réflexion apparemment superflue. Mais évidence n’est pas vérité.

Selon les circonstances, les mesures annoncées seront utiles ou non, voire contre-productives, en particulier les hausses de cotisations, qui sont la mesure la plus probable.

En effet, le rapport entre les nombres d’actifs et de retraités n’est pas le seul, ni même le principal paramètre de l’équation. L’essentiel est le niveau de développement économique. Avec un taux de croissance de 1, 8% par an, pour reprendre une hypothèse du COR, le PIB global doublerait en quarante ans ; en supposant une augmentation d’une dizaine de millions du nombre de retraités, du même ordre de grandeur que celle de la population, il serait possible d’augmenter simultanément le niveau de vie des actifs et des retraités, la différence pour ces derniers étant simplement une baisse du taux de remplacement. Celle-ci n’est pas un drame si elle s’accompagne d’une augmentation du revenu réel, ce qui n’est jamais évoqué. Les futurs retraités craignent donc pour leur niveau de vie…

Employer plus longtemps une personne âgée, si le taux de croissance est inférieur au progrès de la productivité ne change, en fin de compte, rien, sauf à transformer le déficit des caisses de retraite en déficit du système de prise en charge du chômage, solution digne du sapeur Camembert.

Le vrai problème est donc la croissance, mais comme on ignore, au mieux, comment la stimuler et qu’au pis on en refuse les conditions, la réforme des retraites, parce que douloureuse, donne l’impression du courage et de l’action.

En fait, accepter et programmer une baisse des niveaux de vie alors que les progrès technologiques ‒ NTIC, bio et nanotechnologies notamment ‒ rendent possible la poursuite des progrès apportés par la révolution industrielle est, au mieux, une démission du politique, au pire une action de sabotage de la démocratie.

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