Après le capitalisme

Publié en 2016
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Chaque crise est l’occasion d’annoncer la mort du capitalisme en raison de ses contradictions et excès. Et pourtant le capitalisme donne en permanence l’impression de renaître de ses cendres.

Si on écarte l’erreur systématique de diagnostic, la résilience du capitalisme pourrait tenir au fait qu’elle n’est qu’une forme provisoire et contingente d’une structure sociale naturelle aux sociétés importantes, présente avant son avènement, qui perdure par-delà ses avatars successifs et subsistera vraisemblablement encore longtemps.

Il s’agit d’une forme d’organisation qui permet à un groupe d’hommes qui détient un savoir-faire important pour la société de son temps, de maitriser les ressources nécessaires à la mise en œuvre de ce savoir pour rendre le service attendu par la société tout en assurant sa domination sur les autres composantes de la société.

Ainsi, le capitalisme né avec la révolution industrielle a permis à des personnes détentrices d’un savoir technique et maitrisant le capital nécessaire à la création des équipements de production, d’imposer leur volonté aux autres facteurs de production, travail et ressources naturelles.

L’histoire récente a vu apparaître de nouvelles structures, les GAFA et autres BlaBlaCar, qui sont plus ou moins cotées à Wall Street et ont permis à leurs fondateurs de faire des fortunes à faire pâlir les Rockefeller et Getty. En première approche ces entreprises se présentent comme de brillants succès du capitalisme. Une différence devrait toutefois attirer notre attention : ce qui a permis la création puis le succès de ces entreprises, ce n’est pas le capital ; elles ont été créées avec des moyens dérisoires et certaines ont une valeur considérable alors que leurs résultats financiers sont nuls ou négatifs.

En fait, ces entreprises ont été créées par des entrepreneurs détenant un savoir-faire rare susceptible de satisfaire des besoins latents de la population et, pour mettre en œuvre ce savoir-faire, ils ont tiré parti d’un capital devenu abondant et en recherche d’emploi ainsi que d’une main d’œuvre qualifiée.

Les promoteurs ont tiré d’énormes profits de leurs entreprises, mais le capital, en tant que facteur de production, n’a pas été le maitre du jeu : il est lui-même dominé.

Si l’on compare le capitalisme traditionnel à ce nouveau type d’organisation on constate qu’ils ont en commun :

  • d’être promus par des hommes ayant un savoir-faire et une volonté d’entreprendre ;
  • ayant identifié des besoins latents de la société ;
  • capables de créer un appareil de production et d’imposer leur loi aux autres facteurs de production, (le travail et la terre (les ressources naturelles) pour le capitalisme industriel ; (le capital et le travail qualifié pour le capitalisme numérique).

Cette grille de lecture permet de jeter un autre regard sur l’histoire.

Ainsi, la théocratie, est un système dans lequel un groupe d’hommes ayant un savoir-faire particulier et maitrisant l’appareil de production correspondant (les temples) réussit à dominer la société à son profit.

Ainsi encore, au Moyen Age, le régime féodal qui se crée repose sur des hommes qui détiennent un savoir, maitrisent un appareil de production (armes, bateaux, chevaux, châteaux forts) pour assurer un service recherché par la population – la sécurité- qui dominent du même coup les autres facteurs de production (le travail et la terre) à leur profit.

Si on admet ce point de vue, le problème qui se pose à nous n’est pas de constater la mort du capitalisme, mais d’identifier les activités vitales pour la société de demain et les ressources rares qui permettront à un groupe humain disposant du savoir-faire pour les exploiter, et grâce à ça, d’assurer son pouvoir. Le capital financier, compte tenu de sa surabondance, ne sera plus la ressource clef.

L’évolution qui a commencé donne le pouvoir aux géants des technologies numériques, qui ont le savoir, la maitrise des instruments, imposent leur pouvoir aux Etats, exploitent les consommateurs et créent une horde croissante de chômeurs. Le capital n’est pas la cause de leur pouvoir, mais une ressource qu’ils exploitent. C’est donc du post capitalisme.

Au-delà, les problèmes structurant seront vraisemblablement liés à l’environnement, sous trois angles ; la croissance de la population, l’épuisement des ressources renouvelables et le changement climatique ; les gagnants de cette nouvelle phase de l’histoire devront avoir de l’espace vital et des technologies permettant de pourvoir à l’épuisement absolu ou relatif (par rapport aux besoins) des ressources naturelles pour en faire profiter le monde et le dominer.

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