Usage des datas

Publié en octobre,2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La recherche de gisements de données a suscité une fièvre universelle comme toute découverte d’un nouvel Eldorado. Cette quête comporte plusieurs niveaux : pour beaucoup il s’agit d’extraire de ces données des informations caractérisant le consommateur ou le citoyen afin de lui proposer au bon moment, sous la meilleure forme, l’offre de biens ou d’idées susceptibles de provoquer son achat ou son adhésion. C’est une perspective intéressante bien que souvent les entreprises négligent les données de base qu’elles détiennent déjà ! Mais si, la mode aidant, elles progressent dans la connaissance et l’attention portée à leur client, il s’agit d’un progrès.

Ces données présentent également un autre intérêt, moins général mais plus fondamental : elles constituent la matière première du deep-learning, c’est-à-dire du développement de l’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle a beaucoup progressé au cours des dernières années, mais elle requiert de puissants algorithmes et d’énormes capacités pour traiter de très grandes masses de data, de sorte que ses progrès se limitent, pour l’instant, à des domaines spécialisés, par exemple la reconnaissance faciale. Cette limite et l’inexistence, dans l’intelligence artificielle, d’une dimension intuitive, conduisent certains à nier qu’il s’agisse d’une véritable intelligence susceptible d’entrer en compétition avec celle de l’homme.

D’emblée on peut reconnaître qu’elles sont et resteront longtemps différentes dans leur fonctionnement, mais tout autre appréciation de caractère définitif serait aventurée.

L’intelligence humaine s’est probablement développée en cherchant à repérer, dans un environnement qui devait apparaître infiniment complexe, des régularités, des corrélations, des causalités. La transmission des acquis de génération en génération pendant des millénaires a permis de constituer une formidable base de données dont la science est la partie émergée. Peut-être l’aide de l’intelligence artificielle pourrait-elle permettre son propre progrès et même un développement de la capacité physique de traitement et de mémorisation, puisqu’on a constaté au fil du temps la croissance du cerveau.

L’intuition humaine qui fait qu’un homme expérimenté, peut « sentir » d’emblée la solution d’un problème que l’intelligence artificielle ne pourra résoudre qu’en reprenant et en traitant toutes les données existantes, n’est probablement que le résultat de cette accumulation d’expériences sur une longue durée, peut-être à travers une aptitude à appréhender rapidement les probabilités.

L’intelligence artificielle ne pourra pas s’étendre à l’intelligence émotionnelle : en effet, si un robot peut interpréter l’émotion qu’il lit sur un visage, c’est à partir d’un logiciel créé par la personne qui l’a programmé et non du fait de son auto-programmation à partir de données brutes. Le robot ne ressent ni douleur ni plaisir, ni aucune autre émotion si on ne lui a pas appris. Contrairement à l’homme et plus généralement au vivant, s’il parvenait à en ressentir, ce serait par rapport à son propre fonctionnement. Cela ne saurait être considéré comme des émotions au sens humain du terme.

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