Une méthode pour échouer

Publié en 2016
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

On se lasserait de répéter sans fin que le monde est très complexe et qu’aucun problème ne peut être résolu par une approche simpliste si nombre de politiques et l’Etat n’avait érigé le simplisme en mode de gouvernement.

Les raisons en sont multiples :

Certains problèmes sont effectivement insolubles en l’état actuel des choses : c’est par exemple le cas des conflits au Levant qui ne deviendront solubles qu’après l’élimination de certaines parties prenantes.

Les limites de l’intelligence humaine, tant collective qu’individuelle, la rendent impuissante au-delà d’un certain niveau de complexité.

Mais beaucoup de problèmes sont parfaitement solubles en soi et ne sont insolubles qu’en raison d’une approche inadéquate ; c’est là où l’approche politique est particulièrement contreproductive.

–       Un pouvoir excessif est donné à des personnes d’une intelligence et d’une expérience trop minces que leurs limites mêmes conduisent à ne pas mesurer leurs insuffisances, car rien n’aveugle plus sur ses propres limites que ces limites elles-mêmes.

Au demeurant, l’élection a sur certains esprits l’effet d’une onction divine qui apporterait l’infaillibilité à son bénéficiaire, ce qui éloigne de l’humilité nécessaire à la compréhension de la réalité.

–       Il en résulte une approche symptomatique des problèmes, selon la méthode du sapeur Camember : pour se débarrasser d’un  tas de terre, on creuse un trou et on l’y met.

La solution du problème du logement par le blocage des loyers appartient à ce type de mesure, si elle est autre chose que provisoire en accompagnement d’une énergique politique en faveur de la construction.

Mais le principal obstacle à l’affrontement de la complexité est l’importance excessive accordée aux forces qui ne représentent qu’une dimension des problèmes. : lobbys, associations. Ces structures, parce qu’elles n’ont de raison d’être que par un rapport à une dimension d’un problème, sont incapables de prendre en compte la complexité : la création d’un aéroport les gêne, qu’on ne le fasse pas, des gens ne trouvent pas de logement, qu’on  dépossède les propriétaires de leurs biens, les migrants sont source de problèmes, qu’on les empêche d’arriver.

Leur pouvoir ne tient ni à l’importance de la cause qu’ils défendent, ni à leur nombre d’adhérents, mais de la fermeté de leur résolution, qui ne serait jamais suffisante pour l’atteinte d’un objectif complexe, mais représente le grain de sable qui peut bloquer toute évolution.

Par essence, ces forces indépendantes ne sont pas hiérarchisées et on a pu voir, à certaines réunions de concertation à l’initiative d’un ministre, cinquante représentants d’associations, dont personne ne connaît la véritable importance, le caractère central ou non du sujet évoqué dans leurs préoccupations et la qualité de leur représentant, allant du Président au stagiaire, tous dotés d’un même droit d’expression.

Résoudre un problème complexe en complexifiant le processus de décision est un moyen sûr d’aller à l’échec. La démarche peut être volontaire dans certains cas, mais elle tend à devenir un système qui se généralise.

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