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Un nouveau rapport au travail

Publié en juillet 2020
Président de l'Institut Diderot, fondateur, président du groupe d’édition Humensis et président d’honneur du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA, GMF et PartnerRe.

Le déconfinement a mis en évidence un phénomène que la société sous-estime ou feint d’ignorer : le rejet du travail par une partie de la population.

En effet, nombre de personnes qui ont perçu, pendant le confinement, un revenu sans travailler, ou seulement de manière allégée, rechignent à reprendre le chemin de l’usine, du bureau ou du magasin.

La vision positive du travail à l’encontre de laquelle s’inscrit cette attitude repose sur le postulat qu’il est désiré par l’individu pour le revenu, l’indépendance financière, le potentiel de développement personnel et les perspectives d’insertion sociale qu’ils lui offrent. Il est également nécessaire à la collectivité et, en démocratie, l’égalité qu’elle postule entre ses membres exige que chacun contribue au bien commun en prenant sa part.

Dans ces conditions, travailler devient une obligation morale. Dans la réalité, le travail ne fait pas et n’a jamais fait l’objet d’une inclination spontanée et universelle. Pour la Bible, il s’agit d’une malédiction et le terme même évoque une torture infligée par les Romains aux esclaves rétifs. C’est dire combien la société ne l’a jamais considéré comme une partie de plaisir. Tous ceux qui ont pu s’en dispenser l’ont fait, et se le sont parfois même interdit, comme en témoignent les exemples des citoyens d’Athènes ou de la noblesse de l’Ancien Régime.

Le travail implique contraintes et efforts pendant une certaine durée, ce que l’on ne fait pas sans contreparties monétaires et non monétaires.

Il existe une variété infinie d’activités et de contreparties possibles que l’on pourrait classer en fonction de leur attractivité relative.

Au bas des deux échelles se trouverait le travail de l’esclave, traité comme une bête de somme et dont la seule compensation est d’être maintenu en vie tant qu’il produit. Historiquement, la plus grande partie des occupations n’en était pas loin, « Les temps modernes » tels qu’illustrés par Chaplin étant les pires à bien des égards. Les choses ont heureusement évolué et le nombre d’activités attractives par elles-mêmes ou en raison de leur dimension sociale n’a cessé de croître. La science, l’art, la politique, le sport en offrent de nombreux exemples. Mais toutes sortes d’activités peuvent avoir un attrait : bien des jardiniers amateurs font autant d’efforts que des professionnels sans espoir de retombées économiques significatives.

Les besoins de la société et les aspirations individuelles n’ont statistiquement aucune raison de coïncider. Il y a plus d’aspirants animateurs de télévision que d’élus et symétriquement davantage besoin d’éboueurs que de vocations. Il est ainsi logique que certains emplois ne trouvent pas preneurs et réciproquement. Dans une économie libérale, l’équilibre devrait être rétabli par le niveau de rémunération mais ce n’est pas systématique. Des milliers d’emplois restent non pourvus sans que celui-ci ne progresse.

L’existence de prestations sociales d’un niveau proche du revenu d’activité change la donne. Les bénéficiaires considèrent que la rémunération du travail est le delta de revenu et qu’il n’est pas suffisamment élevé.

Comment augmenter l’attractivité du travail ?

Le moyen le plus simple et le plus universel est d’augmenter la rémunération par rapport au revenu de remplacement. Cela ne supprime pas les caractéristiques intrinsèques qui rebutent les salariés, mais pour ceux dont tous les besoins ne sont pas satisfaits, c’est une juste compensation en termes de qualité de vie.

Redonner du temps libre serait un facteur d’attraction. En effet, si le temps de travail a baissé depuis le début du 20ème siècle évalué au niveau individuel et hors temps de trajet, il s’est en fait maintenu au niveau du ménage et avec les trajets, faisant régner des contraintes sur la vie privée.

Le télétravail, davantage d’autonomie dans le choix des rythmes de travail et la possibilité de le concentrer sur moins de jours réduiraient la réticence à l’emploi.

La demande de sens, souvent exprimée par de jeunes cadres en fait partie. Dans ce but, il faut davantage valoriser le service rendu à la collectivité : il est plus intéressant de participer à une construction que de poser des parpaings les uns sur les autres, même s’il s’agit matériellement de la même action.

Par ailleurs, une spécialisation excessive coupe d’une vision globale. Alors que les mineurs et les cheminots formaient de vraies communautés, le « Community manager » et l’ouvrier d’une usine n’ont plus ce sentiment d’appartenance même quand ils ont le même employeur.

Il faut redonner de l’autonomie à tous et aux cadres en particulier par rapport à la hiérarchie et aux exigences administratives. Ces dernières occupent une part croissante du temps de tous mais n’intéressent que la minorité qui s’abrite derrière elles pour ne pas s’investir. Les salariés d’aujourd’hui sont plus exigeants que leurs lointains prédécesseurs mais les relations hiérarchiques ont peu évolué hormis dans les entreprises du numérique ou dans les armées modernes où les commandos deviennent une alternative aux formations traditionnelles. Les lignes hiérarchiques sont trop longues. Quand elles comportent 10 niveaux, sachant qu’une bonne part de l’information se perd entre chaque étage, la base n’est plus en communication avec le sommet et ne reçoit plus qu’une information formelle à laquelle elle accorde une confiance limitée.

Dans ces conditions, le travail n’étant plus subi pourrait être choisi par le salarié en fonction de ses besoins pour une existence considérée dans sa globalité

Il restera toujours des missions essentielles pour la collectivité dont personne n’aura envie et dont la rémunération ne pourra être suffisamment élevée. Il est souhaitable qu’elles soient les moins nombreuses possible, que la société reconnaisse leur utilité et admette qu’elles puissent n’être que provisoires.

 

 

 

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