Un monde qui change

Publié en mars,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Cette phrase qui aurait surpris à bien des époques est aujourd’hui éculée. Il existe cependant des moments où elle mérite d’être utilisée : c’est le cas actuellement.

De multiples changements de toute nature, importants ou pas, se produisent au fil des jours.

Agréables ou pas, on ne ressent d’abord que leurs conséquences directes, puis survient un évènement de grande ampleur qui provoque la pleine conscience de leur effet global. Cet évènement peut être indépendant des autres comme a pu l’être la chute du météorite qui a provoqué l’extinction des dinosaures il y a 65 millions d’années ; il peut aussi être l’effet de forces en action depuis longtemps, comme fut le cas de l’explosion sociale de mai 68 : toute évolution prolongée longtemps sur le mode exponentiel se termine en effet par une explosion.

La pandémie est incontestablement un de ces évènements ; elle va casser des situations établies et accélérer des mutations irréversibles.

Le Covid-19 ne résulte pas du développement jusqu’à l’explosion d’une force exponentielle et, en tant qu’ « Act of God », semble davantage s’apparenter à un météorite : ce n’est exact que localement. Sur le plan mondial, c’est la conséquence de l’importance et de la vitesse des échanges à travers le monde qui est la cause de la pandémie ; même si elle est rapidement maîtrisée, on peut être à peu près assuré que d’autres attaques de même nature suivront. Selon l’OMS plusieurs maladies nouvelles sont identifiées chaque année. Sur la quantité et la durée, il est plus que probable que certaines seront dangereuses.

L’important est d’identifier les évolutions en cours qui vont, se cristalliser et celles qui vont être stoppées ou marginalisées.

Les premières conséquences vont concerner le travail. Il est central dans l’organisation de la cité et c’est lui qui est remis en cause par le Covid-19 dans la mesure où il interdit les déplacements et les réunions de masse. Le télétravail dont les prémices ont été annoncées dès le début des années 90, n’a décollé que dans les années 2000 et s’est trouvé amplifié en France par les longues grèves des transports de ce début d’année. Il est désormais rendu quasiment obligatoire quand sa nature le permet. A partir d’un certain moment, il va falloir le repenser, non comme une exception mais comme la règle, ce qui changera la problématique des lieux de travail, des transports et de l’habitat.

Le développement du télétravail n’a aucune raison de s’organiser dans le cadre de l’organisation traditionnelle du temps. D’ores et déjà il serait possible, tant pour les entreprises que pour les salariés, de l‘organiser selon un rythme différent, par exemple de 3 journées de dix heures par semaine. Le télétravail devrait élargir la possibilité de le structurer de manière différente dans le temps

Parmi les tâches non susceptibles d’être effectuées en télétravail, on va découvrir que beaucoup sont inutiles ou peuvent être confiées à la machine. Cette tendance va rejoindre celle de la robotisation à la réduction du travail et favoriser l’émergence de nouvelles pratiques.

En matière de politique, les dogmes ayant précédé à l’organisation du monde depuis 30 ans, à savoir le libéralisme et la rigueur budgétaire ont déjà perdu de leur force de conviction et vont se trouver remis en cause.

Par ailleurs, le commerce à distance qui n’a cessé de progresser et a été, lui aussi, favorisé par les grèves, va définitivement s’installer, ce qui va avoir des conséquences sur le commerce et l’habitat. La ville devrait s’en trouvée modifiée.

Les exigences de la transition écologique vont conduire à privilégier la qualité de vie au volume de la consommation et ainsi conforter celles-ci.

Tout concourt donc à l’émergence d’une nouvelle société privilégiant le retour à des villes de plus petite dimension, centrées sur des lieux de vie plus conviviaux, de commerces moins nombreux et des services requérants le contact humain, mais aussi des espaces d’échanges de diverses nature reconstruisant l’agora d’autrefois.

Le travail sera décentralisé au niveau individuel ou dans de petits espaces collectifs La production physique sera concentrée, probablement moins qu’aujourd’hui, mais dans des espaces totalement automatisés dont les entrepôts des vendeurs en ligne donnent déjà l’idée.

Le temps gagné sur le transport et la durée du travail, sera consacré aux activités de proximité de toute nature : production pour soi-même, échanges de voisinage, activités sportives, culturelles, ludiques, religieuses ou en faveur de la santé.

La crise va donc va accélérer l’avènement d’un monde nouveau, déjà en gestation, porteur de nouvelles espérances et de nouveaux défis.

 

 

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