Un million d’emplois

Publié en septembre 2014

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le Medef vient de dévoiler la liste des mesures nécessaires, à ses yeux, à la création massive d’emplois en France.

Qu’en penser ?

Il faut d’abord distinguer deux sortes d’emplois que le public (et parfois les politiques) confond facilement :

– Les emplois créés dans l’administration ou imposés aux entreprises pour gérer des contraintes administratives. Leur poids obère la productivité du pays. Ils sont au final destructeurs d’emplois.

– Les emplois productifs, qui ont, eux, un effet multiplicateur : la création de 100 000 emplois de ce type entraîne celle de nombreux emplois engendrés par la dépense des revenus qui en découlent. Autrefois, les économistes les évaluaient au double, soit 200 000. Il y en aurait probablement moins aujourd’hui, car le pouvoir d’achat créé est pour partie une simple substitution des revenus de remplacement perçus par les chômeurs – la relation est donc devenue plus complexe.

Un plan destiné à favoriser l’emploi doit s’efforcer de promouvoir ceux qui sont à effet multiplicateur et de réduire les autres.

La création d’emplois dépend de la compétitivité des entreprises évaluée du point de vue des coûts de revient et du caractère innovant de l’offre. Comme elles n’occupent qu’une partie du marché national et une partie encore bien moindre du marché mondial (2 % pour l’automobile par exemple), chaque point de compétitivité en plus leur permet d’améliorer leur situation commerciale et d’embaucher.

Le caractère innovant de l’offre est également décisif (même bon marché, les diligences ne trouvent plus d’acheteurs) et l’aide à l’innovation déterminante.

La création d’emplois par la stimulation de la demande est l’objectif des politiques keynésiennes visant à accroître l’activité, mais, du fait que la demande nationale est largement satisfaite par des importations, ce type de politique n’a d’efficacité que si les entreprises nationales sont très compétitives ou si elle concerne des besoins qui, par nature, sont essentiellement satisfaits par l’offre nationale (la construction de logements ou la construction de systèmes de production d’énergie décentralisés, par exemple). Encore faut-il que le mode de financement ne soit pas, dans le même temps, destructeur d’emplois comme le sont certains impôts. La meilleure demande est donc le résultat vertueux de la création d’emplois elle-même.

Il existe toutefois un élément psychologique : le vieillissement et le niveau de vie des Français inspirent davantage le goût de la rente que celui de l’entreprise. Il faut que les entrepreneurs se sentent appréciés par la société et s’estiment récompensés de leurs efforts et de leurs risques.

Les propositions du Medef répondent plutôt bien à ces problématiques. Cependant, si les conditions de la création d’emplois sont satisfaites, encore faut-il que ceux-ci soient acceptés. Le problème est à peine évoqué concernant la remise au travail des chômeurs de longue durée. Et sans doute faut-il également inciter plus fortement les autres à accepter de se remettre au travail.

On a en effet observé qu’un demandeur d’emploi qui trouve un travail se substitue généralement à une autre personne. Par conséquent, l’effet sur la demande de travail est nulle. 350 000 offres d’emplois restent ainsi non satisfaites. On dit que ce chiffre est plus ou moins incompressible, qu’il serait plus ou moins frictionnel. Ce n’est pas tout à fait vrai. Notamment parce que l’offre réelle est supérieure à celle qui est recensée, puisqu’une entreprise disposant de dix postes identiques n’en annonce le plus souvent qu’une partie.

Toute offre satisfaite amorce néanmoins la pompe du multiplicateur et, sachant que l’enquête BMO2014 fait état de 1 700 500 projets d’embauches, pour peu que la confiance des entreprises soit améliorée, le million d’embauches pourrait être assez vite atteint.

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