Un enchainement fatal

Publié en 2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

On ne peut qu’être stupéfait devant l’état de l’opinion publique mondiale : il n’existe plus aucune hiérarchie dans les préoccupations des sociétés, tour à tour les sujets les plus importants et les plus futiles apparaissent comme urgents et prioritaires et les politiques s’efforcent en vain de suivre une opinion publique qui exige des choses contradictoires et en tout cas incompatibles avec les moyens limités des États.

Cette évolution ne peut conduire qu’à l’anarchie ou à la tyrannie.

On peut parfois s’étonner de l’engouement dont bénéficie brutalement, sur un plan souvent international une idée, un homme, un film….

Dans nombre de cas, cependant il semble que l’enchainement soit le suivant : il existe de par le monde un très grand nombre de médias qui sont en concurrence pour capter notre attention : au quotidien personne ne s’intéresse au fait que les trains arrivent à l’heure et à toutes ces choses banales, tellement nombreuses au demeurant que l’esprit humain ne pourrait pas les absorber. Peu de gens s’intéressent à des problèmes complexes qui ont contre eux, la plupart du temps, de durer et d’appeler, pour les appréhender du temps et des efforts qui incitent à en éviter ou, au moins à en repousser l’examen. Les médias sont donc condamnés à rechercher de l’original, de l’exotique et, quelle que soit sa complexité, à le simplifier. C’est la recherche du scoop qui par essence est statistiquement plus souvent du domaine du marginal que de l’essentiel ; si le scoop a des échos et que l’actualité n’offre pas simultanément des scoops plus forts, il va être repris par l’ensemble des médias qui vont tenter d’ajouter quelques éléments supplémentaires de nature à attirer l’attention, c’est-à-dire nouveau et si possible choquant.

Sur la durée le public est en conséquence surabondamment alimenté par des informations ponctuelles sur des évènements marginaux auxquels le ralliement des médias donne de la consistance au point qu’ils finissent par être considérées comme essentiels.

La hiérarchie qui s’établit dans les esprits n’a plus rien à voir avec l’importance réelle des faits et ne fournit aux politiques aucune hiérarchisation permettant d’affecter les ressources humaines et financières à des projets réellement prioritaires.

 

 

 

 

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