Un enchainement fatal

Publié en octobre 2019

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

On ne peut qu’être stupéfait devant l’état de l’opinion publique mondiale : il n’existe plus aucune hiérarchie dans les préoccupations des sociétés. Tour à tour les sujets les plus importants et les plus futiles apparaissent comme urgents et prioritaires et les politiques s’efforcent en vain de suivre une opinion publique qui exige des choses contradictoires et incompatibles avec les moyens limités des États.

Cette évolution ne peut conduire qu’à l’anarchie ou à la tyrannie.

On peut parfois s’étonner de l’engouement dont bénéficie brutalement, sur un plan souvent international, une idée, un homme, un film….

Dans nombre de cas cependant, il semble que l’enchainement soit le suivant : il existe de par le monde un très grand nombre de médias qui sont en concurrence pour capter notre attention. Au quotidien personne ne s’intéresse au fait que les trains arrivent à l’heure et à toutes ces choses banales, tellement nombreuses au demeurant, que l’esprit humain ne pourrait pas les absorber. Peu de gens s’intéressent à des problèmes complexes qui ont souvent contre eux de durer et d’appeler pour les appréhender du temps et des efforts, les incitants à en éviter ou au moins à en repousser l’examen. Les médias sont donc condamnés à rechercher de l’original, de l’exotique et, quelle que soit sa complexité, à le simplifier. C’est la recherche du scoop qui par essence est statistiquement plus souvent du domaine du marginal que de l’essentiel. Si le scoop a des échos et que l’actualité n’offre pas simultanément des scoops plus forts, il va être repris par l’ensemble des médias, qui vont tenter d’ajouter quelques éléments supplémentaires, de nature à attirer l’attention sur une nouveauté si possible choquante ou présentée comme telle.

Sur la durée, le public est en conséquence surabondamment alimenté par des informations ponctuelles, sur des évènements marginaux auxquels le ralliement des médias donne de la consistance au point qu’ils finissent par être considérées comme essentiels.

La hiérarchie qui s’établit dans les esprits n’a plus rien à voir avec l’importance réelle des faits et ne fournit aux politiques aucune hiérarchisation permettant d’affecter les ressources humaines et financières à des projets réellement prioritaires.

0

Vous pourriez aussi être intéressés par

Sur le changement
05 2021

Sur le changement

Dans les sociétés modernes, le changement est devenu une valeur en soi et un synonyme de progrès, aussi la résistance au changement est-elle considérée comme […]

Lire la suite
Où nous conduisent les réseaux sociaux ?
04 2021

Où nous conduisent les réseaux sociaux ?

La communication a toujours été un agent essentiel de la structuration des sociétés. Quelques exemples : les religions se sont développées sur la diffusion d’une parole, […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys
02 2021

Le chaos

Les commentaires sur l’actualité donnent l’impression que le monde vit dans le chaos et qu’il s’agit là de la conséquence de l’incompétence des gouvernants. En […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys
01 2021

Et si la pandémie s’installait durablement ?

Depuis près d’un an, les spéculations alarmistes entretiennent inquiétudes et pessimisme de manière excessive. L’industrie pharmaceutique a conçu plusieurs types de vaccins en un temps […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys
01 2021

Qui va payer la note ?

En 2020 le Produit Intérieur Brut de la France a baissé d’environ dix pour cent. Cela signifie que la richesse produite a diminué de deux […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys
12 2020

Retour à la normale

Tout le monde attend avec impatience la fin de la pandémie et le retour à une situation comparable à l’avant crise. Il est évident que […]

Lire la suite
Charger plus de Tweets