Sauver la planète

Publié en 2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La planète terre est en danger. Chaque jour des voix s’élèvent pour le déclarer comme si elles venaient d’en accueillir la révélation et se sentaient investies de l’organisation de nouvelles croisades.

Mais que veut dire, au fond, « sauver la planète » ? S’agit-il de sauver la terre ou ses habitants ? La première est nécessaire aux seconds, pas l’inverse.

Depuis qu’elle existe la terre a connu des bouleversements nombreux et spectaculaires. De la soupe originelle au climat actuel, elle est passée par de nombreuses périodes de glaciations puis de réchauffements ; on peut rappeler par exemple qu’il y a 750 millions d’années elle était presque entièrement recouverte de glace ou bien encore que la dernière période glaciaire s’est terminée il y a seulement 10 000 ans !

Un consensus s’est développé sur le fait que l’activité humaine accélère le réchauffement climatique et menace les équilibres actuels, implicitement considérés comme idéaux, mais penser que sur 4,5 milliards d’années d’évolution, la situation actuelle serait un idéal à protéger à toute force traduit non le souci de la planète mais celui de l’espèce humaine qui s’y trouve particulièrement bien.

La terre, en tant que planète tournant autour du soleil a des milliards d’années devant elle : elle connaitra encore de multiples évolutions climatiques, des séismes, des explosions volcaniques, des chocs avec d’autres objets célestes, des extinctions d’espèces et le redéploiement de la vie… mais elle poursuivra sa trajectoire.

« Sauver la planète » veut donc dire sauver l’espèce humaine, mais l’espèce humaine actuelle dans son confort et son nombre.

La vie sur terre a commencé il y a bien longtemps. Sapiens n’en est qu’une forme contingente, qui doit la vie à plusieurs extinctions massives ; il a lui-même beaucoup évolué. Nous ne représentons qu’un avatar apparu avec la fin de la dernière glaciation et le début de l’agriculture, il y a 10 000 ans. La population mondiale d’alors est estimée à 100 millions d’individus, elle est désormais proche de 7,5 milliards et devrait en dépasser 11 milliards à la fin du siècle…

Sauver la planète, est-ce sauver les 7,5 milliards d’aujourd’hui ou les 11 milliards de demain dont on sait que la planète ne pourra assurer leur survie dans les conditions d’aujourd’hui ?

Les 3 milliards à venir ne sont apparemment pas les bienvenus, mais retourner à la population d’hier serait considéré comme une régression insoutenable. Mais qu’a de si sacrée la situation actuelle qu’il ne faille ni accroître la population ni la laisser se réduire de quelques milliards ? D’autant que cette réduction n’implique aucune violence particulière puisque tous les vivants d’aujourd’hui seront de toute façon, morts demain.

Bien des actions sont souhaitables pour améliorer le sort des vivants d’aujourd’hui et de leurs descendants immédiats ; l’épuisement des ressources et la pollution risquent, à défaut, de leur rendre la vie désagréable, probablement même de déclencher des guerres pour le partage des ressources rares et des terres hospitalières ; mais il ne s’agit pas de sauver la planète.

On espère, au mieux, si l’ensemble des actions concevables est mis en œuvre avec fermeté, limiter à 2 degrés la hausse moyenne des températures.

Cet objectif affiché a pour but évident d’apaiser les inquiétudes, mais il est très peu probable que l’ensemble des mesures nécessaires pour ne pas dépasser cette limite soient appliquées en raison de la préférence très marquée des populations pour un présent proche et prévisible par rapport à un futur plus lointain ressenti comme une conjecture incertaine pour des individus n’existant pas encore.

L’ensemble de ces phénomènes vont rendre la vie impossible dans certaines régions du monde sans que les autres aient la volonté d’accueillir leurs habitants.

Les forces en présence se conjuguent pour faire tendre la planète vers de nouveaux équilibres éloignés de l’idéal que représente pour beaucoup le présent.

La destruction créatrice n’est pas simplement un concept économique. Les mammouths, des ours et des hommes ont disparu pour nous laisser la place. Personne ne sait ce qu’il adviendra demain, mais les critères d’appréciation de ceux qui vivront demain ne seront pas les nôtres.

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