Rigueur ou non ?

Publié en 2014
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La société française vit à crédit. L’ensemble des administrations publiques, État, collectivités locales et Sécurité sociale, doit emprunter environ 175 milliards d’euros cette année pour verser les prestations sociales, les traitements des fonctionnaires, financer les investissements publics et assurer le service de la dette.

Les règles européennes fixent une limite aux déficits publics et à l’endettement des États qui en est la conséquence.

Pour revenir dans ces limites, la France est contrainte de réduire ses dépenses publiques, non seulement pour ne pas aggraver son endettement, mais pour le diminuer dans l’absolu. L’alternative consisterait à augmenter fortement le PIB pour réduire son poids relatif. Mais cette solution semble impossible à court terme.

Le respect de ces équilibres financiers répond à deux préoccupations, dont la première est spécifique à la Communauté européenne, et la seconde universelle :

‒ Inciter chacun à la vertu budgétaire de manière à ce que les efforts des pays vertueux ne voient pas leurs effets compromis par ceux qui ne le sont pas.

‒ Ne pas en reporter la charge sur les générations à venir, parce que l’accroissement des encours et la dégradation des taux qui l’accompagnerait rendraient la situation insupportable le jour où le pays ne pourrait plus emprunter. Au lieu de vivre du revenu augmenté des emprunts, il faudrait vivre du revenu diminué des intérêts et des remboursements.

Ces objectifs sont de plus en plus contestés. Tout un chacun comprend bien que tout emprunt privé doit être remboursé, mais moins facilement qu’il faille se priver d’un revenu légitime obtenu directement ou indirectement d’un État qui s’est endetté pour le verser. Personne ne se sent responsable de cet endettement, n’ayant pas eu à le décider, d’autant qu’il est impossible de distinguer dans la dépense publique, du fait de l’unicité de la trésorerie, ce qui est financé par emprunt de ce qui l’est par des recettes. Ce sont donc sur les générations futures, incapables de se défendre, que l’effort est reporté, mais beaucoup pensent, sans le dire, que les grandes dettes ne sont jamais remboursées alors qu’une dette moyenne doit toujours l’être.

C’est vrai, mais le non-remboursement s’accompagne habituellement de graves troubles sociaux : révoltes et révolutions, guerres, mises sous tutelle et autres calamités.

Refuser une contrainte limitée aujourd’hui, c’est donc accepter des difficultés demain, imprévisibles dans leur nature mais très probables quant à leur gravité.

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