Retour au bimétallisme?

Publié en mars 2015

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

De nombreux pays ont connu dans l’histoire plusieurs monnaies simultanées. Ainsi, la France révolutionnaire adopta-t-elle en 1795 le franc germinal fondé sur l’or ou l’argent et plusieurs pays européens la rejoignirent en 1865 dans l’Union latine, instituant le bimétallisme et un format monétaire commun. Le bimétallisme, comme son nom l’indique, repose sur l’emploi de monnaies métalliques désormais révolues, mais il existe actuellement des pays où sont couramment acceptées les devises d’autres pays : le dollar est fréquemment la deuxième monnaie des pays à devise faible, et l’euro est couramment accepté en Suisse. Il existe même des monnaies purement artificielles comme les bitcoins qui n’ont de valeur légale nulle part. Il y a également des cas particuliers de devises sans lien avec le métal ayant cours parallèlement aux devises nationales, comme ce fut le cas de l’ECU jusqu’à la création de l’euro.

Les problèmes de la Grèce pourraient peut-être trouver une solution dans un système de double monnaie. En effet, un pays comme la Grèce ne devrait pas avoir une devise forte comme l’euro. Celle-ci lui a permis d’emprunter au-delà du raisonnable. À défaut, elle aurait dû dévaluer plusieurs fois. La conséquence eût été de forcer les Grecs à s’adapter. Ces efforts imposés, couplés avec un endettement moindre, auraient évité que la situation se dégrade autant. Redresser la Grèce avec l’euro est impossible, sauf cadeau important et peu probable des créanciers. Sortir de l’euro est aventureux. Créer une deuxième monnaie à usage interne semblerait ainsi un compromis acceptable : la Grèce se retrouverait face à l’euro dans la situation qui était celle de tous les pays de la Communauté face à l’ECU.

Cette monnaie d’usage interne aurait une valeur inférieure à l’euro au début et pourrait fluctuer. Cette dévaluation de fait serait un effort important demandé au peuple grec, mais compensé par une relance forte de l’activité qui inciterait au retour des capitaux récemment émigrés.

Nul doute que ce système aurait des inconvénients, mais moins que les alternatives.

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