Réformer avec le grand nombre

Publié en février,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La volonté des pouvoirs Publics de réformer les régimes de retraite s’est heurtée à une vive opposition, partiellement due à la communication du gouvernement. L’importance, dans celle-ci, de la question de l’équilibre budgétaire a donné à penser au public que le déficit allait être très important et qu’une réduction substantielle des retraites en découlerait. Cela a nourri légitimement une inquiétude excessive, car l’incertitude concerne davantage le taux de remplacement que le montant nominal ou même réel des rentes.

Ces difficultés ont mis en évidence l’intérêt qu’il y aurait à concevoir une véritable méthode pour procéder à des réformes de grande ampleur.

En l’espèce, les travaux préparatoires animés par le commissaire aux retraites ont duré longtemps, mais on peut se demander quel était leur but. S’il était pédagogique, la communication par laquelle passe toute pédagogie de masse a été un flop, si c’était de dégager des idées nouvelles, c’était du temps perdu car le COR et autres organismes intéressés avait décortiqué la problématique depuis longtemps, si c’était l’action, ce n’étaient pas avec les bons interlocuteurs !

Personne n’imaginerait une campagne militaire, dont l’objectif est plus circonscrit, sans qu’un plan opérationnel ait été établi au préalable, programmant les différentes phases de manière à ce que chaque succès partiel facilite l’étape suivante et soit accompagné de la communication ad hoc.

Les entreprises internationales emploient couramment les expressions « think globaly » et «act  localy » pour caractériser leur manière de penser et d’agir. Rien ne peut être fait d’efficace et de durable sans penser global, c’est-à-dire sans prendre en compte tous les éléments du problème et leur développement dans le temps et l’espace, ainsi que les impacts sur toutes les parties prenantes. Le but n’est pas de tout traiter en même temps. Un programme d’actions doit ensuite être défini en fonction des priorités et un nombre limité d’objectifs retenus. Les actions mises en œuvre pour atteindre chaque objectif doivent être choisies de manière ne pas être la cause de difficultés dans les phases ultérieures du plan global.

Ainsi, le problème des retraites, en particulier sa dimension budgétaire, ne peut être traité qu’en fonction d’hypothèses de croissance de l’économie, de taux d’emploi, de chômage, de productivité, d’employabilité, ce qu’a fait le COR .Il faudrait également prendre en compte les autres dépenses sociales, les conséquences sanitaires de la cessation d’activité, le logement et l’état de dépendance dans lequel tombent  nombre de retraités en fin de vie. Compte tenu de tous ces facteurs, tous entachés d’incertitude, la marge d’erreur sur le montant global des retraites est supérieure au déficit prévu et au niveau de la dépense sociale globale, c’est pire encore puisque le chômeur coûte davantage à la collectivité que le retraité.

S’agissant des régimes spéciaux, il y a des arguments justifiant leur maintien et d’autres relatifs à l’évolution des conditions de travail, à l’allongement de l’espérance de vie en bonne santé et à l’égalité qui militent pour leur suppression. Mais là encore, la seule prise en compte des données directes est insuffisante. Une réflexion sur les emplois impraticables au-delà d’un certain âge est nécessaire : on ne peut demander à une ballerine d’exercer à un âge avancé mais on ne peut davantage l’assimiler à ceux qui ont dû trimer 43 ans.

Prévoir large permet ainsi de mieux décider, de mieux cadencer l’exécution, parfois de résoudre le problème en amont et de mieux communiquer. Quand il est difficile de faire passer une idée, en ajouter dix autres est rarement la solution.

 

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