Qui va payer la note ?

Publié en janvier 2021

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

En 2020 le Produit Intérieur Brut de la France a baissé d’environ dix pour cent. Cela signifie que la richesse produite a diminué de deux cents milliards d’euros. Ce sont donc deux cent milliards d’euros qui n’ont pu être versés en salaires, honoraires, intérêts, loyers, profits, taxes ou cotisations sociales, alors que les perspectives économiques initialement avancées comptaient sur une progression de quelques vingt-huit milliards d’euros. S’est ajoutée à cette perte une destruction d’actifs sous la forme de disparition d’entreprises.

Ces pertes sont la conséquence de la Covid-19 mais surtout des mesures arrêtées par le gouvernement pour protéger la population. Afin d’éviter que celles-ci, prises dans l’intérêt de tous, ne soient supportées que par ceux dont l’activité s’est trouvée réduite ou arrêtées de leur fait, ce qui eût été inéquitable et insupportable socialement et politiquement, l’État a accordé des aides financières ou allocations de chômage partiel à ceux dont l’entreprise devait fermer provisoirement.

Grâce à elles, le pouvoir d’achat des français n’a pas diminué dans la proportion de la production, mais il n’a pu s’exprimer à la hauteur habituelle du fait de la réduction de l‘offre. L’épargne s’est fortement accrue tandis que l’endettement de l’État s’accroissait du montant des aides accordées.

La situation est en passe de se renouveler en 2021 et peut-être dans les années suivantes, avec une ampleur progressivement réduite.

La richesse perdue l’est définitivement, les aides de l’État en ont retardé les effets et visé à en partager plus équitablement le poids. Mais la perte est faite et devra être supportée. Tous les agents économiques devraient en conséquence accepter une réduction de leurs ressources. L’État et les collectivités publiques étant incapables de réduire significativement leur train de vie, l’effort devrait être supporté par les seuls ménages et les entreprises sous forme d’impôts supplémentaires. Mais cela serait insupportable pour les ménages et affaiblirait les entreprises au moment le moins opportun.

La dette ne sera donc pas remboursée et s’ajoutera à l’endettement préexistant. Les citoyens pourront continuer de voir se gonfler leur bas de laine, même si, comme dans les pyramides de Ponzi, aucune richesse réelle ne lui correspond.

La différence entre Madoff et l’État est que la pyramide n’a pas de raison de s’arrêter, que l’ajustement inéluctable sera renvoyé à plus tard et sera réalisé en même temps que d’autres, parmi lesquels il ne sera pas distingué, probablement à travers une relance de l’inflation.

 

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