Productivité et emploi

Publié en 2017
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

 

La production résulte de la mise en œuvre des facteurs de production que sont le travail et le capital, indispensables l’un et l’autre, mais en opposition quant au partage de la valeur ajoutée.

Cette conception de la production domine la période née avec la révolution industrielle. Auparavant, les mercantilistes attribuaient le rôle principal à l’or et les physiocrates, dans une économie encore essentiellement agricole, considéraient que la terre et le travail étaient les vrais facteurs de production.

Il serait utile d’actualiser cette conception en admettant le rôle de deux facteurs de production complétant le capital et le travail et jouant un rôle dans le partage de la valeur ajoutée : l’information et les ressources renouvelables.

Ces facteurs ne sont pas nouveaux, mais leur rôle n’est qu’indirectement et indistinctement apprécié à travers la productivité globale des facteurs de production, comme l’écart qui existe entre elle et l’addition de ce qu’on peut imputer au travail et au capital.

L’information, c’est le savoir, l’éducation, les données qui apparaissent désormais comme la source principale du progrès.

Les ressources non renouvelables, depuis qu’on a découvert tout ce que l’économie leur doit, ont été introduites dans le raisonnement économique en tant qu’ « externalités », simple constatation du fait que la société bénéficie d’une richesse qu’elle n’a pas contribué à créer.

Ces deux facteurs de production sont en fait essentiels.

L’information réduit le besoin des autres facteurs de production : ainsi l’économie collaborative ou le e-commerce sont à l’origine de services à forte valeur ajoutée utilisant relativement peu de capital. Celui-ci n’ayant plus d’emploi en est réduit aux petits boulots consistant à financer la dette publique moyennant une faible rémunération.

L’épuisement des ressources non renouvelables va au contraire exercer une pression forte sur les autres facteurs de production : le travail est plus nécessaire pour produire de l’énergie solaire ou à partir de la biomasse que du pétrole, mais également le capital qu’il s’agisse de construire des centrales nucléaires ou de l’éolien offshore.

Au total, la valeur ajoutée n’a plus seulement vocation à être partagée entre le travail et le capital, mais avec les détenteurs de l’information comme le montrent les exemples des GAFA ou d’Alibaba et les propriétaires de ressources non renouvelables qui devraient employer leur rente à la recherche d’alternatives.

Le partage de la valeur ajoutée résultant de ces mouvements contradictoires à court moyen terme ne peut être déterminé, mais il est probable qu’à long terme, les détenteurs de l’information ramasseront la mise.

 

Articles similaires

Pour un compte personnel des flux entre le citoyen et l’État

15 Jan 2019

La fiscalité est toujours une source de frustration pour le citoyen qui voit disparaître à travers elle une partie de ce qu’il a eu tant de mal à gagner. Un citoyen libre veut l’être non seulement de ses pensées et de ses actions, mais aussi de l’emploi de son revenu, ce dont le privent l’impôt […]

Le choix du cap, base de l’efficacité

11 Jan 2019

Le niveau de vie des Français est un des plus élevé du monde ; néanmoins la révolte des gilets jaunes démontre qu’il y a beaucoup d’insatisfaction, davantage apparemment que dans beaucoup de pays objectivement moins prospères. Il est vrai qu’on manque d’emplois, même si d’aucuns s’en accommodent et préfère le chômage à des emplois peu gratifiants ; […]