Pourquoi le chômage ?

Publié en janvier,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les progrès de la science économique ont permis de comprendre comment se produisent, s’échangent et se consomment les produits de l’industrie humaine, mais ils n’ont pas encore apporté une réponse claire à la principale question que se posent les citoyens : pourquoi, dans un pays où existent de manière évidente des besoins non satisfaits, des travailleurs sans emploi et des capitaux disponibles en quantité telle que la rémunération en est négative, ces trois ingrédients complémentaires ne conduisent-ils pas à la création d’activités ?

C’est que d’autres facteurs, moins généraux et moins visibles, sont également nécessaires.

Le premier est certainement la politique économique de l’État.

La Chine, dont l’étendue, les ressources naturelles, la population et la culture n’ont pas substantiellement évolué depuis la grande famine des années 50, a changé de politique : elle a en particulier accordé beaucoup de liberté aux agents économiques. Non seulement la famine a été éradiquée mais la Chine s’est hissée au rang de très grande puissance mondiale.

À l’inverse, la France de Louis XIV s’est pénalisée elle-même en provoquant l’exil des huguenots, acteurs économiques particulièrement actifs, que les princes allemands ont attirés vers eux avec empressement, pour accélérer leur propre développement. De même encore la France du XXIe siècle a provoqué l’émigration fiscale de ses plus riches entrepreneurs.

Les pays communistes, à l’exception de la Chine, ont échoué et n’ont pas réussi à apporter à leurs peuples la prospérité promise.

Le second facteur est la culture du pays.

Elle conditionne l’activité économique de multiples façons, elle influence notamment la gouvernance mais pas de manière rigide comme le met en évidence l’exemple chinois.

Max WEBER a démontré les différences d’attitude entre catholiques hostiles à l’enrichissement, donc à l’initiative économique, et protestants au contraire très favorables ; le communisme a de ce point de vue, pris le relais du catholicisme.

Globalement, la culture de la France valorise la rente plutôt que l’activité économique : sous l’ancien régime, la noblesse qui possédait richesse et culture, ne pouvait pratiquer d’activités commerciales ou industrielles, sauf rares exceptions comme le transport maritime : elle vivait de rentes versées par l’État et des fermages payés par les paysans dont la fonction productive assurait la survie de toute la société sans autre récompense que la servitude. Le goût du risque, facteur important de l’initiative économique, que possédait aussi la noblesse était canalisé vers des carrières militaires dangereuses et mal payées.

Encourager une évolution de la culture passe par la reconnaissance accordée à la création de richesses et la stigmatisation des comportements de prédation de toute nature.

D’une manière générale, l’initiative et le succès économiques ne sont pas valorisés par la société : la grande presse et donc l’opinion publique, évoque l’entreprise principalement à l’occasion de difficultés, de drames ou de scandales tandis qu’elle accorde ses faveurs aux réalisations positives dans les domaines de la culture, du sport ou bien encore aux promesses des hommes politiques. La consultation des nominations et promotions dans l’ordre de la Légion d’honneur en apporte également la preuve.

De même que l’image de la prospérité de l’Occident a amené la chute des régimes communistes, le spectacle de la prospérité relative de certaines régions du monde a commencé à modifier la culture des jeunes Français qui souhaitent se lancer, de plus en plus nombreux, dans la création d’entreprise. Mais le chemin à parcourir reste long car la culture de la rente et des emplois publics s’accompagne de l’amour de la bureaucratie : la manipulation du tampon est source de pouvoir et donc de positionnement social. La défense des droits acquis non fondés sur les services rendus à la société d’aujourd’hui, rappelle celle de la petite noblesse et du bas clergé avant la nuit du 4 août.

La vertu de l’État ne se traduit pas dans ses comportements, celui de ses dirigeants et de ses représentants, par construction irresponsables, sauf cas extrême mis en scène pour donner au peuple l’impression contraire, mais dans l’obligation de pratiquer la vertu imposée aux agents économiques.

Les partis politiques qui réclament une réduction du nombre de fonctionnaires commettent une erreur évitée aux États-Unis : cette réduction ne peut que rendre plus difficile la vie du citoyen et s’avère contraire à la demande croissante de services publics quand augmente le produit intérieur brut. Ce qu’il faut réduire c’est la superstructure législative et réglementaire, qui ne coûte pas cher en elle-même, mais impose un lourd fardeau à l’économie dont une partie se traduit dans le gonflement des administrations et une partie plus grande par la baisse de productivité des entreprises et l’augmentation des corvées imposées aux citoyens.

Plusieurs gouvernements ont correctement analysé le problème et engagé une action de simplification de la vie publique, dont les résultats, non nuls, ont été, selon leurs responsables successifs, moins importants que les nouvelles charges créées dans le même temps par l’État !

On peut penser que l’activité économique dépend de l’existence de ressources naturelles locales ; la relation est en fait assez complexe. Il y a dans le monde de multiples régions, notamment en Afrique, ou d’énormes ressources potentielles ne sont pas exploitées, tandis que se créent ailleurs des activités avec très peu de ressources locales, par exemple des plates-formes téléphoniques et autres services permis par le numérique.

La principale ressource indispensable est l’éducation bien que des entreprises puissent se créer avec des compétences limitées : nombre d’entreprises florissantes d’aujourd’hui ont été créées par des autodidactes et une culture trop élitiste peut conduire à privilégier la rente et le positionnement social, plutôt qu’à promouvoir le travail productif.

L’existence d’infrastructures de qualité conditionne aussi l’activité économique, mais de ce point de vue, la France n’a pas de handicap par rapport à ses concurrents.

Enfin, dernière exigence de caractère général, l’activité économique ne peut se développer que dans un environnement concurrentiel favorable. Diverses réglementations peuvent handicaper certaines activités comme le constatait déjà Turgot ministre de Louis XVI, particulièrement quand elles se traduisent par des inégalités dans la concurrence.

Le facteur le plus général est le niveau de la devise : théoriquement celui-ci reflète sur la durée, la compétitivité de l’économie. Dans la réalité toutefois divers facteurs peuvent conduire à une surévaluation de celle–ci : c’est le cas de l’Euro pour la France, du fait des importants excédents de la balance commerciale de l’Allemagne.

Le niveau des prélèvements obligatoires, couramment considéré comme un obstacle au développement, ne l’est pas nécessairement car il peut être compensé par une rémunération du travail plus faible comme on le voit en France. Mais il pénalise l’économie dans la mesure où cette faiblesse des rémunérations décourage le travail au profit de la rente.

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