Pour une nouvelle politique de l’aménagement du territoire

Publié en avril 2020

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le livre de Jean-François Gravier Paris et le désert français dressant l’inventaire de la grande migration des hommes et des activités vers la région parisienne, publié en 1947, fit réfléchir les dirigeants politiques des années 5O.

La guerre d’Algérie à peine terminée, le gouvernement Pompidou institua la DATAR (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale) en vue d’infléchir la tendance à la concentration des forces vives dans la mégalopole francilienne. Beaucoup d’initiatives furent prises sous l’impulsion de cette institution. Toutes ne furent pas de francs succès : les 9 villes nouvelles qui furent créées n’abritent encore aujourd’hui que quelques centaines de milliers d’habitants. Mais globalement l’amélioration des transports ferroviaires, la création d’aéroports régionaux, la construction d’autoroutes, la délocalisation de certains services administratifs et certaines obligations dans le même sens, imposées aux entreprises, ont progressivement permis de faire des métropoles régionales comme Lyon, Nantes, Rennes, Toulouse, Montpellier, et bien d’autres encore, des villes actives où il fait bon vivre. La création des régions administratives a conforté cette évolution.

La DATAR a été supprimée en 2014.

Le moment serait venu de relancer cette dynamique, car malgré les succès enregistrés, la concentration des richesses s’est poursuivie alors que les mégalopoles ont de plus en plus d’inconvénients. La qualité de vie des habitants s’y dégrade, les problèmes de sécurité s’y multiplient, la vulnérabilité sanitaire y est extrême, la fracture sociale qu’entraîne la hausse des prix de l’immobilier se renforce, les défis écologiques posés par les transports y sont gérés au grand dam des usagers.

Dans le même temps, les villes moyennes ont développé tous les avantages attachés traditionnellement aux grandes villes en matière de commerce et de santé. La culture y est devenue accessible grâce au numérique, aux festivals… Mais ces villes ont conservé un habitat accessible, des délais de transport réduits, la proximité de la nature, une vie collective plus riche, un degré de sécurité plus grand : les zones de non-droit n’y prolifèrent pas comme en Île-de-France.

La sécurité du pays tout entier, au regard des risques de toute nature qui peuvent se présenter, se trouverait renforcée par une dispersion plus grande des hommes et des activités.

La clé de la décentralisation est l’existence d’activités économiques. L’époque est propice : les entreprises ont commencé à engager un mouvement de rapatriement de certaines activités délocalisées au bout du monde. Des contraintes écologiques et de sécurité les conduisent à réaliser ce mouvement qu’elles peuvent faire à meilleur compte en province. Le télétravail a désormais acquis le statut de modèle alternatif d’organisation des entreprises.

L’écologie, dans ses nécessités comme dans ses effets de mode, y trouvera son compte.

Il faut bien être conscient que le pays ne pourra assurer ni le bonheur de ses habitants, ni sa grandeur parmi les nations en ne s’appuyant que sur une petite fraction de son territoire, alors que l’espace habitable et exploitable est, dans le monde, désormais limité.

 

 

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