Pour un statut de l’entraide sociale

Publié en 2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le monde moderne se caractérise par une participation à la vie sociale limitée d’un grand nombre de personnes, le plus souvent isolées, non employées et disposant de faibles revenus : chômeurs de longue durée, retraités, cas particuliers dus à la santé physique ou mentale ou la marginalisation sociale.

Dans le même temps, un grand nombre de personnes, souvent les mêmes, mais pas nécessairement, ne peuvent pas satisfaire leurs besoins en raison de la modicité de leurs moyens financiers ou de divers problèmes physiques, mentaux ou culturels.

Historiquement, de telles situations ont donné naissance à diverses formes d’entraide ; les bâtisseurs des pyramides et ceux des cathédrales ont ainsi crée des fonds de soutien en faveur de ceux des leurs qui étaient victimes d’un accident et les tisserands de Rochdale ont décidé d’organiser eux-mêmes leur approvisionnement pour améliorer un niveau de vie trop misérable.

Avec le temps, ces activités ont vocation à disparaître ou au contraire, à prendre  de l’importance ; elles sont alors reprises par le marché ou l’État et, en tout état de cause, réglementées pour éviter des distorsions de concurrence avec les agents économiques du secteur concurrentiel.

Des besoins nouveaux naissent en permanence et l’État encourage, par des réductions d’impôts ; les dons visant à apporter une réponse aux besoins non solvabilisés. Les moyens humains assurant la prestation rendue aux personnes dans le besoin sont alors pour l’essentiel, des salariés, exceptionnellement des bénévoles ; ceux-ci ne peuvent bénéficier d’aucune contrepartie, car du travail accompagné par une contrepartie est interprété par l’Administration comme du salariat qui doit respecter toutes les exigences du Code du Travail ; ce n’est pas l’esprit de l’entraide, qui suppose non un don mais une aide matérielle sous forme de travail ou de mise à disposition gratuite d’un bien, logement par exemple.

Or beaucoup de personnes disposent de temps, voire d’actifs divers, qu’elles seraient prêtes à mettre au service de tiers dans le but d’être utiles, d’avoir un rôle positif dans la société, tout en espérant éventuellement réciprocité en cas de besoin.

Aujourd’hui ce n’est pas possible. L’Administration craint les abus qu’une telle entraide pourrait  cacher et la tradition élitiste française veut qu’on donne aux pauvres – en récupérant éventuellement sur le fisc – non qu’on les laisse se débrouiller entre eux : peu importe si, au motif de les protéger contre une éventuelle exploitation, ils restent en déshérence, sans utilité sociale et sans secours.

Cela doit changer, non seulement parce qu’il n’est pas moral de condamner des êtres humains à la marginalisation, mais parce que dans le monde de demain, le travail sera fait par des robots et, en tout état de cause, les travailleurs bénéficieront de très, très longues retraites en bonne santé, le plus souvent dans l’isolement ; il faut que chacun puisse s’activer  pour se rendre utile et exister socialement en même temps que préserver sa santé physique et mentale par une activité et ce, en dehors du marché du travail qui  ne pourra plus absorber la totalité de la population active. La réglementation doit encourager cette évolution avant de songer à en limiter les abus éventuels par des interdits.

L’économie moderne ne peut donner un travail à tous. Le retour au passé est impossible. Il faut donc admettre l’existence d’une économie parallèle. Elle existe déjà de manière informelle pour des activités souvent  illicites. Il faut lui permettre de s’étendre au grand jour pour tout ce que l’économie moderne ne peut fournir aux personnes qu’elle ne sait pas intégrer.

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