Post-vérité

Publié en février,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’idée selon laquelle il n’y a pas de vérité, défendue par certains intellectuels représentatifs de la postmodernité, choque le sens commun. Elle ouvre en effet, pour qui a besoin du sol pour marcher et de murs pour s’appuyer, sur un univers où tout est pensable mais aucune action collective n’est possible puisqu’elle exigerait la prise en compte d’une réalité potentiellement différente pour chacun.

La vérité est une représentation de la réalité mais toute tentative de représentation de la réalité n’est évidemment pas exacte. La réalité est complexe et son appréhension souvent partielle et provisoire, fréquemment partiale en raison des filtres culturels et des biais psychologiques à travers desquels elle est perçue.

La vérité, c’est-à-dire la connaissance fidèle de la réalité est source de pouvoir : est-il utile de rappeler que le connaissance approfondie de la matière au niveau atomique a permis aux américains de vaincre les japonais en 1945, ce qu’aucune conception subjective ou artistique de l’atome n’aurait permis ?

L’aspiration au pouvoir de la réalité est telle qu’elle s’appuie fréquemment sur une vérité partielle et parfois sur un simple déguisement de l’ignorance ou le mensonge. D’autres fois encore, elle tente de recouvrir de l’éclat de la réalité des phénomènes dont la nature ne correspond pas à une réalité physique observable et mesurable, en matière de religion notamment.

Enfin la réalité physique elle-même est entachée d’incertitude : certaines particules ne jouissent-elles pas du don d’ubiquité ? Le photon ne peut-il pas avoir une double nature de particule et d’onde ?

La circonspection s’impose donc face à toute prétention à la vérité revendiquée, pour éviter le piège du pouvoir attaché à son image, qui n’est pas propre aux sociétés libérales et capitalistes, mais universel et particulièrement présent dans les régimes tyranniques. Mais cette nécessaire précaution ne supprime pas l’existence d’une réalité qui dispose seule de la force de l’existence et en dehors de laquelle n’existe que fantasmagorie. Celle-ci plus encore que la vérité dont elle ne possède pas les limites, peut séduire et entrainer les hommes, mais seulement dans le sens de la déception et de la tragédie.

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