Politique et Santé

Publié en 2017
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le financement de la santé est un problème sérieux en soi, mais il représente en outre l’archétype du débat politique moderne.
Il oppose en effet deux thèses qu’on ne réussit pas à dépasser.
– D’un côté, le bien public est vu comme le résultat des efforts de tous ; il faut donc encourager les comportements vertueux et sanctionner les autres. La solidarité est une exception réservée au malheur incontestable et inévitable.
– De l’autre, le malheur impose la solidarité : qui a faim doit être nourri, qui n’a pas d’abri doit être logé, qui est malade doit être soigné.
La première thèse n’est pas seulement l’expression d’un égoïsme ; elle constate que le travail (tripalium) est une peine, qu’un comportement responsable appelle des efforts, voire des sacrifices, que certains s’efforcent d’éviter. Il faut donc que ceux qui les consentent soient récompensés et que les comportements irresponsables soient sanctionnés pour éviter que la tentation ne s’étende et ne rende le fardeau des autres insupportables.
C’est la philosophie prévalente dans les situations difficiles ; elle caractérise notamment les américains, héritiers d’une tradition forgée dans la conquête de l’Ouest.
A l’inverse, les sociétés qui baignent dans l’aisance, en particulier leurs élites, qui ont hérité de l’histoire une situation privilégiée, tendent à accorder plus d’importance au partage qu’à la production des richesses nouvelles ; c’est le cas de nos sociétés dans lesquelles se développe le rêve que l’abondance satisfasse tous les besoins sans contrepartie. A mesure que s’accroît cette solidarité, elle réduit le nombre de ceux qui la finance, d’autant que ceux qui la décident ne supportent pas l’essentiel du fardeau : quand le poids devient excessif pour la base, la révolte prend la forme du populisme.
Dépasser cette opposition dialectique est difficile, mais indispensable : en matière de santé par exemple, la solidarité tend à accorder à tous le financement total des soins, ce qui attire même des déshérités de l’étranger et suscite des comportements irresponsables.
Mais l’imposition d’un reste à charge supposé rendre les comportements responsables se heurte à l’insolvabilité des patients auxquels elle interdirait l’accès aux soins.
La synthèse consisterait à ce qu’il y ait des critères de responsabilisations qui ne soient pas financiers.
Un département a ainsi proposé récemment que les chômeurs soient contraints de consacrer quelques heures par semaine à des tâches d’intérêt collectif pour percevoir l’indemnité chômage, ce qui, de surcroît les aurait maintenus dans un rapport au travail que dissipe l’oisiveté prolongée. La société civile a contraint les politiques au recul.
D’une manière ou d’une autre, cela deviendra nécessaire pour éviter que ceux qui supportent n’aient pas à assumer un poids excessif et soient tentés de passer dans le camp des assistés ou de se réfugier dans l’individualisme forcené.

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